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informer par les sons

22.06.2014

 

COMMENT INFORMER PAR LES SONS ?

Marc Crunelle

 
 

Ce texte est avant tout une collecte de données et d’informations sur différents

moyens de communiquer et d’informer au moyen des seuls sons.

Cette compilation donne une illustration de composantes qui constituent le « soundscape ». Une vingtaine d’émetteurs sonores sont présentés accompagnés de quelques réflexions.

Etant donné que le sujet peut intéresser non seulement les soundscapists mais aussi les historiens, les urbanistes, les architectes, j’ai pensé que déjà sous cette forme, ce recueil leur serait utile.

 

 

 

 


INFORMER, AVERTIR, PREVENIR, ANNONCER,… AU MOYEN DES SONS

 

Codes qui organisent la vie sociale,

en utilisant une majorité de témoignages

 

Pour présenter la problématique des différents moyens d’émettre un message sonore, deux choix se présentent:

soit en partant de la nature du message, mais tant d’instruments peuvent avertir d’une même information; en effet, pour prévenir d’un danger, donner l’heure ou appeler à se rassembler, on a utilisé dans l’histoire des sons fort différents;

soit en tenant compte de la spécificité des émetteurs sonores et en les classant par leur « rayonnement », en d’autres termes, de leur « portance », en partant de celui qui « porte » le plus loin: le coup de canon, jusqu’au plus « proche »: toquer avec le doigt ou frapper avec un heurtoir de porte.

J’ai préféré cette dernière approche parce qu’elle se semblait plus claire pour développer notre propos.

Néanmoins, une même émission sonore portera plus ou moins loin en fonction du milieu ambiant (en pleine campagne ou dans une ruelle étroite), des conditions atmosphériques, de la direction et de la force des vents, etc… Tout ceci doublé si l’instrument a un pavillon directionnel, si le clocher a des abat-sons, si l’instrument est tourné dans le sens de l’auditeur, etc… Un même mode d’émission aura des effets de portée bien différents.

 

 

Objectif de cette compilation

Il a pour but de montrer comment on pouvait, dans le passé, informer, avertir, prévenir ou annoncer uniquement par les sons se concentrant sur une vingtaine de moyens d’émissions. Je me suis limité aux conditions de vie civiles et religieuses quotidiennes, excluant les situations militaire, de guerre ou maritime.

Autre limite: les pratiques seront essentiellement européennes, parce qu’elles nous sont proches et qu’on peut encore souvent les expérimenter.

D’autres manifestions sonores, comme on en rencontre dans les fêtes, cérémonies, processions, roulements de tambour, feux d’artifice, etc… n’entrent pas non plus dans mon propos.

Etant donné que c’est un sujet assez vaste, le contenu de cette exposition est centré essentiellement sur les moyens de communications sonores du passé (parfois pas si éloignées), utilisant l’homme, ses sens et des mécaniques simples mais néanmoins plein de vie et d’inventions. De nos jours, les avertisseurs sonores sont si diversifiés qu’il est devenu impossible d’en établir une liste complète, les domaines étant tellement nombreux et dans des métiers si divers, ils sont en grande majorité électromécaniques et codifiés.

 

Spécificités des appels sonores

La communication visuelle a toujours été très efficace: dans les meilleures conditions, elle n’a pas de limite, raison pour laquelle on peut voir des étoiles très éloignées. Elle a été utilisée depuis les âges les plus reculés employant lumières, couleurs, formes, … Elle a néanmoins un point faible: il faut que l’observateur se tienne dans la direction de la source et c’est là que le son, non seulement prend la relève mais montre son extraordinaire efficacité.

Lorsqu’une cloche sonne 12 heures par ex, tout le monde au même moment en est averti. Qu’un tel soit en train de lire, un autre déambulant dans les rues, un troisième en train d’acheter, qu’il soit au rez-de-chaussée ou au 3ème étage, qu’il fasse plein jour ou rempli de brouillard, que l’on soit distrait ou attentif, AU MêME MOMENT, tout le monde en est averti.

C’est parce que les sons sont enveloppants qui fait que l’on voit la source sonore ou non, qu’elle soit devant ou derrière, que l’on soit seul ou en groupe, quelles que soient les activités diverses exercées, comme lorsque la sonnerie retenti dans une école à la fin d’une récréation, tous les élèves, quoiqu’ils fassent, sont prévenus. Qu’ils courent, qu’ils se reposent, qu’ils parlent, qu’ils jouent au ballon, tous sont avertis au même moment! C’est une information instantanée, à la fois individuelle et collective.

C’est le grand avantage d’utiliser le son. Ainsi lorsqu’on veut informer un grand nombre de personnes à un même instant, on a utilisé depuis longtemps des cloches en les plaçant haut sur un clocher. On annonce ainsi les heures, les évènements heureux ou les alertes.

Précisons enfin que nos sociétés étaient largement illettrées et que les informations sonores et visuelles gouvernaient leurs vies quotidiennes.

On sait que le son se propage dans l’air en rayonnant, plus largement pour les fréquences graves et se propage de manière plus directionnelle dans les aigus.

 

Présentation:

pour chaque moyen utilisé:

► la nature de sa sonorité

♫ les références de sites internet où on peut l’écouter

● les circonstances de son emploi, de son utilisation

■ les témoignages qui donnent vie à ce que cela devait être par le passé. Ils sont souvent marqué d’émotion: irritabilité, curiosité, étonnement, …

 

COMMENT INFORMER ? COMMENT PREVENIR ? PAR QUELS MOYENS? PAR QUELLES ACTIONS?

 

 

1. DONNER UN COUP DE CANON – TONNER DU CANON

► A grande échelle, sur plusieurs km, c’est le coup du canon qui est le plus efficace et qui s’entend loin. C’est la puissance de l’émission qui joue: elle monte à plus de 150 dB près de sa source. Un niveau sonore élevé, une déflagration soudaine et portant loin, ces 3 facteurs mis à contribution, en ont toujours fait un avertisseur très efficace.

  • C’est d’ailleurs en utilisant le son du canon que l’on a calculé pour les premières fois la vitesse du son. Ainsi en 1738, c’est sur une distance de 28,5 km et à l’aide de coups de canon tirés la nuit (pour voir les flammes sortant de la bouche de l’arme) entre la tour de Montlhéry et la pyramide de Montmartre que l’on vérifié que le son parcourt 337,2 m en une seconde, valeur très proche de son exacte vitesse dans l’air. [1]

On a écrit que les le son de la bataille de Waterloo s’entendait jusqu’à Bruxelles, à 15 km de là ! et que des témoins disaient à propos des canonnades: « on dirait un orage qui n’en finit pas« . De même, durant la première guerre mondiale, les habitants de la côte du Kent entendirent le grondement des tirs d’artillerie provenant des champs de bataille du Nord de la France. [2]

  • Et pour ce qui notre propos, la communication, c’est pas ce moyen que les 90 tours de guets – tours génoises – implantées le long de la côte corse communi-quaient entre-elles pour prévenir d’un assaillant, par ex.

L’expression « Tonnerre de Brest » vient du fait que l’ouverture à 7 h et la fermeture des portes de l’arsenal à 20 h s’annonçait par un coup de canon mais aussi lorsqu’un prisonnier s’évadait de la prison de la ville, on tirait 3 coups de canon.

Ce moyen était aussi utilisé dans d’autres villes pour indiquer l’heure: à Liverpool et à Edinbourg, un coup était tiré à 13 heures tous les jours ouvrables. [3]

Toujours pratiquée de nos jours à Nice, l’annonce du canon à midi. Instauré par Sir Coventry pour prévenir son épouse qu’il était midi, il est interrompu vers 1866. Vu son efficacité pour synchroniser les horloges de la ville, il est réintroduit depuis 1875 et continue ce jour à avertir les habitants et touristes par sa détonation brusque qu’il est 12 heures. [4] A Zagreb, il est également tiré un coup de canon chaque jour à midi.

Reste de nos jours, le tir des 21 coups de canon, effectué lors des cérémonies d’enterrement de personnalités importantes, telles un roi, une reine, etc… Leur

rayonnement est bien plus discret et est surtout symbolique.

■ Ce moyen a également été utilisé dans les Alpes pour avertir de l’arrivée de bateaux sur les lacs. En témoigne ce voyageur français en 1833 :

J’étais à Côme au retour du bateau à vapeur qui, parti le matin par un grand vent, avait éprouvé, dans sa marche, un retard de trois heures. Les gens du peuple attendaient avec impatience ; de temps en temps ils faisaient retentir l’air de grands cris comme pour hâter son retour. Enfin, comme de coutume, deux coups de canon, dont les sons se prolongeaient d’écho en écho dans les cavités des montagnes, annoncèrent son arrivée. Alors ce furent des cris de joie universels, un train dont on ne peut se faire l’idée : c’était comme un ami longtemps attendu dont on salue le retour.[5]

 

 2. FAIRE SONNER LE COR DES ALPES

► sorte de pipe de plus de 3 mètres de long émettant des sons graves.

  • Autrefois en bois et aujourd’hui construits en fer blanc, un bon cor peut se faire entendre à l’entour dans un rayon de 8 km. Il y avait un accord avec les paysans de la vallée : en fonction de la tonalité, de la mélodie jouée, cela signifiait qu’il fallait secourir un berger. [6]

Il n’est pas rare d’entendre les chants [des montagnards] accompagnés par le Cor des Alpes (ou Cor des vaches) dont se servent particulièrement les pâtres pour s’appeler entr’eux et rassembler leurs troupeaux. […] Aucun spectacle n’est plus pittoresque que celui du montagnard qui s’achemine, au commencement de l’été, vers les pâturages, suivi de ses nombreux troupeaux dont il accompagne la marche par sa joyeuse chanson, et qui, le soir, du haut de la colline, rappelle au son du Cor des Alpes les vaches égarées, errant ça et là, sur les escarpements des montagnes, sur les bords du lac ou dans la vallée; puis les va reconduisant. [7]

 

 3. COMMUNIQUER EN SIFFLANT

► Etonnement, ce sont les sifflements humains qui viennent en 3ème place de « portance ».

Etant donné que la voix ne porte pas loin à cause du vent, les bergers ont utilisé ce moyen et inventé les modulations permettant de converser à grande distance. Les conditions atmosphériques et les différentes températures des couches d’air font que le son peut porter assez loin (et est utilisé même la nuit pour prévenir d’un décès par ex.) [8]

  • Dans la vallée d’Ossau, le village d’Aas qui, employait une langue sifflée presque jusqu’à nos jours, est un bel exemple de survie non seulement de l’oralité, mais aussi de sons spécifiques. Cette langue sifflée est du béarnais. Elle était utilisée par les bergers notamment puisqu’elle portait jusqu’à 2500 m et que les messages étaient éventuellement relayés de vallées en vallées. Mais elle servait aussi à appeler les enfants, les voisins éloignés… un ou plusieurs doigts réalisaient un point fixe sur la partie médiane de la langue. Cela permettait à l’extrémité de cette langue de moduler la cavité laissée en arrière des dents et qui joue le plus grand rôle dans le sifflet humain. Il y a là, pour le coup, un paysage sonore très particulier qui traverse les siècles. [9]

Ce sifflement qu’emploient les bergers, on le retrouve dans diverses régions d’Europe, comme en Corse ou sur l’île de la Gomera, dans l’archipel des Canaries, où il est nommé le silbo.

■ Un observateur français sur place fin XIXè note qu’ils l’utilisent pas seulement en montagne :

Les insulaires se sont vantés devant moi de correspondre avec les navires qui sont au mouillage près de Gran Reyers.[10]

Les chants tyroliens comme le yodle des Alpes ont pour origine la même fonction: celle de communiquer dans les montagnes.

 

 

4. FAIRE SONNER LA CORNE DE BRUME A AIR COMPRIME

► C’est un avertisseur basse fréquence portant loin et qui fonctionne en code morse, avec 1 ou 2 lettres pour l’identifier.

A l’entrée d’un port, comme à Nieuport par ex, il y a 2 signaux sonores, une cloche d’un côté et une corne de brume de l’autre permettant de se positionner dans l’axe du chenal.[11]

Les cornes de brume en usage à bord des bateaux émettent des sons très divers. La petite trompette en plastique rouge réglementaire donne dans l’aigrelet. L’engin moderne à air comprimé a tout du Klaxon de camion. Les deux appareils sont peu intéressants. Pour moi, la vraie corne de brume, c’est celle des bouées qui signalent la proximité de hauts fonds et qui se font entendre quand la houle les balance. Pour enavoir fréquenté de près quelques dizaines entre Ouessant et La Rochelle, très souvent de nuit, je peux vous dire qu’elles ne m’ont jamais semblé ronfler, ni rugir, ni hurler. Mais mugir, meugler, et surtout gémir, oui. C’est encore plus vrai quand on est vraiment dans la brume, qu’on ne voit rien, que c’est la purée de pois. Les bruits sont assourdis, et on n’a qu’une vague idée de la direction d’où ils viennent. Une corne de bouée dans la brume, c’est un accélérateur de trouillomètre, ça pue le danger. Le son qu’elle émet, c’est une plainte. Je ne vois pas de mot plus juste pour dire ce que l’on entend vraiment quand on y est : une plainte. Pour se sauver, on lui tourne le dos. [12]

 

5. SOUFFLER DANS LA CORNE DE BRUME

► à la bouche,

  • on utilisait cet instrument aux sons graves pouvant porter loin, en cas de brouillard, au bord de la mer, dans les ports, sur les lacs.

Je dirais qu’elle mugit comme un bœuf, ou qu’elle brame comme un cerf en rut. [13]

Pour un autre, Ça n’a rien de romantique. Si je devais qualifier ce mugissement qui enfle, emplit tout l’espace, geint et gronde à la fois, je dirais qu’il est lugubre. Lorsque ce son monte sur le Vieux-Port, on a la chair de poule. » Wer fremde Sprachen nicht kennt, weiß auch nichts von seiner eigenen. »   J.W.v.Goethe. [14]

■ autre témoignage datant des années 40 à Bauen, Uri, lac de Lucerne.

Autrefois au crépuscule, quand il y avait un peu de brouillard, on avait une corne de brume. Et quand le bateau arrivait depuis Lucerne on devait aller à la « Schwäntle » et à la « Schwäntle », le bateau donnait un signal avec la corne et on devait toujours répondre. Pour qu’ils sachent qu’ils étaient tout près des rochers. Et là, avec la corne de brume on devait toujours attendre une heure, et à chaque bateau qui appelait il fallait répondre avec la corne et ainsi ils savaient où ils étaient.

La corne de brume était une corne de bœuf. Elle avait un timbre très grave : « tooooot tooooot ! » comme les bateaux, assez semblable, mais on connaissait la différence.[15]

 

 6. FAIRE SONNER LES CLOCHES

► battant métallique frappant une cloche métallique faite d’un alliage de cuivre et d’étain

● Placées haut, elles informent d’emblée tout le monde par des sons différents de ceux régnant au niveau de la rue, des chantiers, des champs,… Il faut avoir été en montagne pour constater la portée du son des cloches. On est étonné d’entendre les clarines des vaches venant des versants opposés, de remarquer que le son d’un clocher provient d’une si grande distance, etc…

C’est peut-être bien l’élément qui a le plus marqué le paysage sonore européen durant des siècles et tout particulièrement le son des cloches d’églises et de beffrois.

Etant donné qu’on peut donner aux cloches un rythme, des cadences, des battements différents, qu’elles-mêmes pouvant être accordées de manière particulière, elles ont chacune un son bien à elles, ce qui permet de les reconnaître et de les identifier.

Le « message » transmis par la sonnerie d’une cloche ou d’un ensemble de cloches s’appuie sur trois composantes :

• la sonorité de la cloche

• la modalité et le rythme de frappe sur celle‑ci: à la volée, etc…

• le nombre de cloches mises en oeuvre simultanément ou successivement,

 » Dans beaucoup d’églises il y a trois cloches et on sait distinguer la grosse cloche, dite encore trémone, mute ou campane, de la moyenne, la métanne ou métandière, de la petite, campanette, filleule, moineau ou grillet. On sait donc bien situer et décoder l’appel d’une cloche et, plus encore, les combinaisons de sons.« [16]

 

Les combinaisons possibles autorisent donc un nombre assez grand de « messages ». Mais pour qu’un son devienne « signe », il est nécessaire qu’émetteur et récepteur accordent la même signification au signe transmis. Cette signification est connue par la tradition.

Le site //campanologie.free.fr/Guide.html, »le langage des cloches »,[17] est explicite à ce sujet.

En France, la signification des sonneries se décline de la sorte :

  • La sonnerie horaire
  • La sonnerie du couvre‑feu 
  • L’Angélus
  • Les Offices religieux 
  • La volée de mariage
  • L’Alerte (le tocsin)
  • Un abandon d’un enfant 
  • Le Glas 
  • La convocation

Gardons cette même présentation en commençant par les sonneries provenant des églises puis celles plus laïques produites dans le clocher des beffrois, et autres hautes tours civiles.

.

  • La sonnerie horaire : le choix de la cloche et le nombre de coups permettent d’indiquer à distance l’heure qu’il est, au quart d’heure près.

http://tchorski.morkitu.org/1/sonneries.htm

 » Une séquence particulière de sons peut être produite par un groupe de cloches pour indiquer l’heure et ses subdivisions. L’une des plus connues et celle dite des « quart de Westminster », une série de seize notes qui est émise par le carillon de l’horloge du palais de Westminster dont la grande cloche qui sonne l’heure même jouit du nom de Big Ben. »[18]

Les cloches sonnent, d’abord trois fois, brièvement, le heurt du métal sur le métal, sec, sans mélodie, puis douze coups sonores, qui jettent durement les heures dans la rue et brisent la nuit en deux.[19] écrit Cees Nooteboom

  • La sonnerie du couvre‑feu : (appelée parfois « Salve ») cloche spécifique ; sonnerie à la volée assez longue encore en vigueur dans quelques villes françaises (Strasbourg, Pont Audemer, … ); annonce la fin de la journée, la fermeture des portes de la ville, des boutiques ou des cabarets.
  • L’Angélus (ou prière de l’ange): l’annonce de cette prière se fait 3 fois par jour, habituellement à 6 heures, à midi et à 18 heures. Elle se sonne par trois séries de trois tintements suivis d’une « pleine volée ».

http://tchorski.morkitu.org/1/sonneries.htm

  • Les Offices religieux : autrefois dans lesmonastères, chacun dessept offices de la journéefaisait l’objet d’une sonneriespécifique ; normalement, lenombre de cloches misesen volée varie selon ledegré de solennité et donc selon le calendrier liturgique(la cloche « La » pour lesjours ordinaires, le « plenum » ‑ totalité descloches disponibles – pourles grandes fêtes. Danscertaines régionsfrançaises, la fête de Noëlest précédée pendantplusieurs jours par des sonneries particulières (le « Nadalet »).
  • La volée de mariage: comme une volée classique, sauf qu’un nombre plus élevé de cloches mises en oscillations. Le nombre varie entre 3 et 8.

http://tchorski.morkitu.org/1/sonneries.htm

  • L’Alerte (le tocsin) : Le tocsin est une sonnerie répétée et prolongée. Jusqu’à la mise en place des sirènes municipales, il revenait au sonneur de « toquer » la cloche pour alerter la population lors de menaces d’invasion ou le début d’incendies. Cela se traduit par un tintement à rythme rapide ; après la première volée, le nombre de coups indique la direction du sinistre ; il existe aussi une tradition de sonnerie pour annoncer ou faire fuir les orages.

Le tocsin, sonnerie d’alerte annonce une mauvaise nouvelle et l’obligation aux gens de se rassembler devant l’église ou sur la place principale de la ville, du village.Tel fut le cas pour l’appel à la mobilisation générale annoncée dans toutes les villes et villages de France le 1er août 1914. Marguerite Yourcenar étant à cette date en compagnie de son père à Westende, garde le souvenir d’avoir entendu tout le jour sonner les tocsins des petites villes et des villages flamands. [20]

  • Un abandon d’un enfant : dansle Sud‑Ouest, autrefois. On tintait une cloche spécifique pour annoncer qu’un enfant venait d’être abandonné ; la sonnerie durait jusqu’à ce qu’un parrain d’adoption se manifeste.

Le Glas : (annonce d’un décès) : c’est sans doute la sonnerie la plus codifiée; selon les régions, le code peut varier, mais il s’agit d’indiquer à la population, par le nombre de coups, non seulement qu’il y a eu un décès mais aussi s’il s’agit d’un homme ou d’une femme ou encore d’un enfant ou d’un ecclésiastique (par exemple 3 fois 3 coups puis la grande volée avec la grosse cloche pour le décès d’un homme, et 2 fois 3 coups puis la grande volée pour une femme et 1 fois 3 coups pour un enfant).

  • Sonneries de repère ou de secours

Comme par ex. celles aidant les pèlerins allant vers Saint-Jacques de Compostelle dans la traversée des Pyrénées: « ces étapes sont redoutables car les pèlerins craignent de se perdre. C’est pourquoi les monastères et les hospices placés sur le chemin font sonner leur cloche à intervalles réguliers. » [21] Corbin donne d’autres exemples:  » L’une des fonction de la cloche est d’orienter le voyageur et le navigateur. Les usages locaux, en montagne comme le long des côtes, mais aussi dans certaines régions accidentées, en bordure de forêt et parfois même en pays de plaine, enregistrent cette mission de sauvegarde. Les moines du Grand-Saint-Bernard utilisent une cloche située à quarante minutes du couvent, et destinée au voyageur attardé. Dans les montagnes d’Auvergne, « il est d’usage de sonner les cloches de cinq à six heures du soir, jusqu’à onze heures ou minuit, lorsque la campagne est couverte de neige ». La cloche d’Aubrac sonne chaque soir dans ce but. Dans le canton de Saint-Béat (Haute Garonne), on met la cloche en branle, l’hiver, à dix heures du soir, pour la même raison. « En Lozère, on voit encore quelques cloches dits de tourmente, témoins de ce que fut la rudesse de la vie dans ces régions. […] Tous les petits carillons de cols dans les Pyrénées répondent au même objectif. » précise Eric Sutter. [22]

La « Baraque Michel » située sur le haut-plateau des Fagnes en Belgique fut fondée entre 1811 et 1813 en tant qu’auberge, mais aussi comme refuge pour voyageurs égarés. Une cloche y était sonnée par temps de brouillard, ce qui permit le sauvetage de plus d’une centaine de personnes au cours du XIXe siècle. [23] Cette « Cloche des Egarés » cessa d’être actionnée en 1856, avec la construction de la route Eupen-Malmedy.

Le long des côtes, et partout en temps de brume, c’est la sonnerie qui sert à guider les marins désorientés. A Dieppe, à Saint-Valéry-en-Caux, au Bourg d’Ault, aux Sables-d’Olonne, etc… » [24]

 

Un lieu particulier:les monastères cisterciens où sont utilisés différents instruments sonores d’appels

L’appareillage destiné à annoncer les rassemblements de la communauté, à structurer certaines activités ou à découper l’écoulement du temps se compose de:

La cloche principale (signum), audible dans les alentours pour ceux travaillant dans les champs et est doublée d’une cloche plus discrète, la campana, utilisée pour convoquer au sein de l’enceinte monastique.

Deux autres instruments sont également dédiés à cette fin. Ils opèrent sur des timbres, des fréquences et des rythmes différents ; ils sont connus dans la tradition des monastères chrétiens d’Orient sous le terme générique de simandres. Il s’agit de la tabula lignea suspendue à l’entrée est du cloître, tablette de bois frappée au moyen d’un maillet et munie de trous permettant de varier les tonalités et du cymbalum, lame métallique en arc de cercle également frappée qui est suspendue devant le réfectoire. L’usage des uns et des autres a des significations précises, ainsi le sacristain sonne le signum après les vêpres pour convoquer la communauté à se désaltérer au réfectoire. Au sein de celui-ci, le prieur use de la campana pour marquer les phases de prière et de lecture du repas.

[…] La nola est le troisième représentant de la catégorie des appareils sonnants et oscillant. Il s’agit d’une clochette utilisée au réfectoire pour rythmer les prières et la lecture. Elle est actionnée par une cordelette depuis la place du prieur. [25]

 

 

Autres que les cloches des églises, celles installées sur les beffrois, les campaniles, qui annoncent des informations plus laïques, telle:

La convocation: le rôle de la « bancloque » ou cloche banale (communale) est d’annoncer les séances communales (convocation des magistrats ou des conseillers de la ville); cette cloche (hébergée dans les villes du nord de la France dans un beffroi) servait aussi pour rassembler la population sur la place au pied du beffroi et leur transmettre certaines informations la concernant. [26]

Autres applications que l’on rencontre dans quelques villes européennes:

Les cloches du campanile de la piazza San Marco à Venise.

Les cinq cloches de la tour avaient chacune leur nom propre et une fonction déterminée : (they are tuned in scale of A.)

la Marangona, gigantesque cloche au son très grave, qui sonne le matin et le soir. Autrefois, elle indiquait aux arsenaloti (c’est-à-dire les charpentiers navals) le début et la fin de leur journée de travail, elle signalait aussi qu’une nouvelle séance du Grand Conseil allait s’ouvrir ;

la Nona qui sonnait, et sonne toujours à midi (c’est-à-dire à la « neuvième heure″, selon l’ancienne classification du temps) ;

la Mezza terza o dei Pregadi annonçait les réunions du Sénat, où les membres étaient dénommés justement Pregadi parce qu’ils étaient « priés » d’y assister ;

la Trottiera, qui rappelait pour la seconde fois aux patriciens qu’ils devaient aller participer à la séance du Grand Conseil. Elle doit son nom au fait que bien souvent, après l’avoir entendue, les nobles vénitiens se rendaient place St-Marc à dos de cheval ou de mulet , au « trot » donc, d’où son nom;

la Renghiera o Malefissio, la plus petite qui annonçait le début ou la fin des exécutions capitales. [27]

Big Ben à Londres remplissait aussi ce rôle de référentiel. « Jusqu’à une époque récente, la cloche publique de Big Ben était la seule référence horaire dont le public avait besoin ». [28]

A Obernai, le beffroi, appelé Kapellturn, remplit trois fonctions: beffroi de la ville, tour de guet et clocher d’église. A la Révolution, le beffroi comptait neuf cloches. Le bourdon sonnait l’angélus à midi et la messe les jours de fête, la deuxième cloche annonçait les autres messes, la troisième était actionnée le matin et le soir, la cinquième servait de tocsin, la sixième à la convocation des assemblées, la septième à l’horloge et la huitième à la Confrérie.

L’édifice servait également de tour de guet à la ville. Deux équipes de deux veilleurs assermentés se relayaient jour et nuit au sommet de la tour. Le règlement municipal du XVème siècle, qui sera repris en 1569, leur prescrit de régler l’horloge, de frapper l’heure sur une cloche et de l’annoncer à la trompe, afin de témoigner de leur vigilance soutenue, mais également pour permettre à un plus grand nombre d’habitants de connaître l’heure. Ils signalaient à coup de trompe tout mouvement suspect alentour ou tout incendie en ville et dans les environs. [29]

Le nord de la France au XIXè siècle

 » Dans les villes, à l’intérieur de l’enceinte, la vie est subitement suspendue à dix heures lorsque le guetteur (l’guetteu) de ville, en battant l’cloque deul’ retraite, annonce la fermeture des portes.

L’guetteu… personnage qui, tout au long du XIXè siècle (c’est seulement le 24 février 1890 que le guetteur de la tour Sainte-Catherine à Lille prend son service pour la dernière fois, les pompiers pouvant être désormais alertés par téléphone), joue un rôle prépondérant dans la vie quotidienne des villes closes. A telle enseigne que, lorsque, en 1843, le beffroi de Valencienne s’écroule, le maire, atterré, déclare devant le conseil municipal : « la ville se trouve à la fois privé de son seul monument, du vieux souvenir de ses libertés communales, d’une propriété qui servait à ses bureaux de l’octroi, au dépôt des cloches, à la loge du guetteur, à l’horloge, au carillon… l’ordre intérieur se trouve compromis par la suppression de la sonnerie des heures : les ouvriers ne peuvent plus arriver à leur ouvrage à heure d’une manière fixe ; l’ouverture et la fermeture des portes de la ville, la clôture des cabarets et autres lieux publics ne peuvent être annoncées, non plus que les incendies et l’approche des troupes ennemies. »

[…] ce n’est plus tellement la guerre que craignent les édiles, mais le feu, contre lequel on est encore fort démuni : que ce soit à la ville ou à la campagne, le feu annoncé par le tocsin, mobilise une armée de volontaires munis de seaux d’eau. […] Après la première volée du tocsin, le nombre de coups de cloche qui suit correspond à la direction du sinistre. A Douai, un coup, c’est vers la porte d’Arras ; deux coups : dans la direction de la porte d’Esquerchin ; trois : vers Lille, etc… » [30]

 

L’utilisation des cloches se retrouvent dans bien d’autres domaines: on attache au cou des vaches des cloches pour les localiser notamment en cas de brume, mais surtout pour identifier leur propriétaire, rendre le troupeau cohérent. Deux sortes de cloches sont utilisées: les clarines qui sont des cloches en bronze et les sonnailles qui sont en tôle de fer courbées et rivetées.

En parallèle, les fauconniers reconnaissent leurs différents oiseaux au son du grelot attache à une patte.

Les cloches aux passages à niveaux : autre utilisation.

 

7. CRIER DANS UN PORTE-VOIX

► cornet

● Evoquant la vie quotidienne des habitants du Nord de la France au XIXè s. Pierre Pierard écrit: « Une des missions essentielles du guetteu est d’annoncer l’heure. A Cambrai, du haut du beffroi, qui est l’ancien clocher de l’église Saint-Martin, il se sert la nuit, d’un porte-voix avec lequel il crie l’heure et la demie, se plaçant successivement aux quatre faces de la tour afin que tous les quartiers puissent l’entendre, quelle que soit la direction du vent. »[31]

 

8. LANCER L’APPEL DE LA PRIERE

https://www.youtube.com/watch?v=brcFhiheV5I

► Dans la religion musulmane, l’appel à la prière est lancé par le Muezzin (nom qui signifie celui qui fait l’appel), cinq fois par jour depuis le sommet d’un des minarets de ladite mosquée. Autant certains prétendent que l’espacement entre les villages était « à portée de cloche », autant celui des mosquées était à portée de voix (du muezzin).

● « Cet appel par la voix a semble-t-il été choisi pour se démarquer de l’appel juif, par une corne, et de l’appel chrétien, par une cloche et également parce qu’il est le moyen le plus naturel d’appeler.  » [32]

 

 9. UTILISER DES VASES SONNANTS

► L’utilisation de vases sonnants est un autre système pour informer à distance avec un rayonnement certain. Etant donné que les moulins sont habituellement placés sur les crêtes des collines et loin des villages, les meuniers portugais ont mis au point un étonnant système: ils plaçaientsur les bras des moulins des vases: (appelés cabaças) qui sont soit des calebasses, soit des pots en céramique à 2 panses imitant la forme de ces fruits. Ces vases allant d’un volume d’environ 1/3 de litre pour les plus petits à 5 à 7 litres de contenance pour les plus grands, sont placés aux extrémités des bras, d’environ 10 mètres d’envergure. Les plus petits sont attachés par les pieds au cordage reliant les extrémités des bras.

 Selon les architectes et acousticiens rencontrés, les vases attachés aux bras des moulins en mouvement émettent un son continu dont le ton change en fonction de la vitesse du vent. Plus vite tournent les ailes du moulin, plus basses sont les fréquences émises. Le vent soufflant dans les pots prévenait les agriculteurs que les conditions étaient bonnes pour mettre le grain à moudre dans le moulin. Etant donné que les disques des meules doivent être mis en contact au bon rythme, il faut que les bras tournent à vitesse adéquate et les meuniers connaissent le « bon » son. [33]

■ A. t’Serstevens, dans son voyage au Portugal note que quand ils tournent, tous ces moulins font de la musique. Ils chantent sur des notes diversesqui s’enflent oudé-croissent selon la force du vent. Et il y en a tant et tant de ces flûtes éoliennes que cela fait un concert touffu et confus. […]

Je voudrais bien que cette musique n’eût été inventée par les meuniers lusitaniens que pour orner le vent,[…]mais il me faut avouer que ces pipeaux tournoyants ne sont là que pour annoncer, la nuit, la proximité du moulin et éloigner du danger l’homme ou la bête qui passe. [34]

Un site internet consacré à ces vases décrit une raison complémentaire à leur emploi: « les vases, constituées de poteries poreuses, étaient pour le meunier un instrument de mesure assez sensible. Le son, devenant différent avec l’augmentation de la vitesse du vent et les variations de l’humidité relative dans l’air, l’alertaient qu’une tempête ou que du mauvais temps s’annonçait. Ainsi, entendant un certain changement de sonorités, le meunier avait assez de temps pour prévenir d’accidents. » [35]

 

10. PLACER DES TUILES SIFFLANTES surnommées tuiles à loup

► tuile ou dalle en pierre perforée de trous ou de fentes placées au sommet des pignons. Les vents d’hiver, traversant les ouvertures des tuiles à loup dirigées Nord-Est ou Est, produisent un sifflement caractéristique à partir d’une certaine vitesse. Se rencontrent au centre de la France, comme en Belgique. [36]

  • « Jadis, dans les régions montagneuses du centre de la France, en hiver, quand la tempête faisait rage, les tuiles à loup se mettaient à siffler. Les paysans savaient alors que les loups qui vivaient sur les hauteurs allaient se réfugier dans la plaine et qu’il fallait donc protéger hommes et animaux. »[37]

Ce son spécial indique le commencement de la peur, le vent froid venant de Sibérie (masses d’air continentales d’air froid), qui normalement souffle (en France) durant plusieurs semaines.

 

 

 


A échelle plus rapprochée et non plus fixe, toute une série d’autres moyens sont utilisés : trompes, trompettes, cors, tambours, cris, crécelles, etc…

11. SOUFFLER DANS SA TROMPE

  • Bruxelles– XIVè et XVè siècles

Au Moyen Age, les rues et les ruelles de la Ville, comme d’ailleurs celles de toutes les autres villes, sont jonchées de détritus : fumier, carcasses, dépouilles et déchets de toutes sortes y sont abandonnés et tapissent le sol. […] Lors d’intempéries, les eaux de pluie chargées de terre, de sable et de détritus dévalent les pentes et transforment les rues en ruisseaux boueux crottant les passants jusqu’aux chevilles.

Les autorités de la Ville veulent améliorer la situation en faisant creuser des fossés d’aisances et en utilisant, pour évacuer les déchets, les ruisseaux ; ceux-ci sont curés alors par le « maître des boues », fonctionnaire appointé par la commune, déjà cité au milieu du XIVè siècle, chargé également de débarrasser périodiquement les rues de la boue et des ordures.

Au XVè siècle, des nettoyages spéciaux et supplémentaires sont prévus avant chacune des quatre grandes processions annuelles et pour toutes les Joyeuses Entrées.

Un maître des boues parcourt alors la Ville, en sonnant de la trompepour avertir les habitants pour qu’ils rassemblent en tas les ordures. [38]

 ■ Et ce témoignage si vivant de Victor Hugo, écrit d’Allemagne enaoût 1838:

A Bacharach, minuit venu, on se couche, on ferme les yeux, on laisse tomber les idées qu’on a porté toute la journée.[…]Tout à coup un bruit perce l’ombre et parvient jusqu’à vous, un bruit singulier, inexprimable, horrible, une espèce de grondement fauve, à la fois menaçant et plaintif, qui se mêle au vent de la nuit et qui semble venir de ce haut cimetière situé au-dessus de la ville où vous avez vu le matin même les onze gargouilles en pierre de l’église écroulée de Saint Werner ouvrir la gueule comme si elles se préparaient à hurler. Vous vous réveillez en sursaut, vous vous dressez sur votre séant, vous écoutez. – Qu’est cela ? – C’est le crieur de nuit qui souffle dans sa trompe et qui avertit la ville que tout est bien et qu’elle peut dormir tranquille. Soit ; mais je ne crois pas qu’il soit possible de rassurer les gens d’une manière plus effrayante.[39]

Emile Zola note dans ses carnets d’enquête qu’ils sont utilisés pour annoncer l’arrivée des trains en gare, comme dans celle de Saint-Lazare:Les trompes qui annoncent les trains. Un poste avant le pont de l’Europe. Dès que l’agent a aperçu le train sous le tunnel il a sonné de la trompe.[40]

 

 12. SONNER DU COR – cor postal, ou cor de postillon, ou cornet postal

► sons brefs de trompette

http://www.instrumentsdumonde.fr/instrument/49-Cor-de-poste.html

  • C’est avec cet instrument que les porteurs de courrier signalaient ainsi leur arrivée et leur départ d’un lieu pour que les destinataires et les expéditeurs de lettres puissent venir à leur rencontre.

Le conducteur sonnait le cor pour annoncer l’arrivée de la diligence, dans les sinuosités de la route, à l’approche des passages difficiles ou dangereux, à l’entrée et à la sortie des portes et des fortifications, à la montée et à la descente des digues et en cas d’épais brouillard. [41]

Au XVIe siècle, les messagers de la famille de Tour et Tassis sont également munis de cet instrument qui permet de signaler leur arrivée aux maîtres de poste pour que le service soit effectué sans retard, mais qui sert aussi d’avertisseur dans les passages délicats et qui est utilisé pour obtenir, le soir ou la nuit, l’ouverture des portes des villes. L’usage (règlementé) du cor postal se répand et perdure jusqu’au XIXe siècle, dans les pays continentaux européens comme en Angleterre. On s’en servait encore en 1914 pour la distribution du courrier entre Londres et Oxford. [42] Le cornet est utilisé par les messagers à cheval mais aussi par les postillons qui mènent les voitures postales (malles-poste ou mail coaches). [43]

  • En Europe et au Moyen Âge, les bouviers (ou bouchers), qui emmènent le bétail de place en place et acceptent d’ailleurs de se charger du courrier des particuliers, l’utilisent pour alerter la population de leur venue.

■Dans les carrières de marbre de Carrare, à monte Cervaiole: Autrefois quand un ouvrier trouvait la mort, on sonnait du cor dans tous les villages des alentours et on se demandait qui en était la victime. [44]

 

13. DONNER UN COUP DE TROMPETTE

► instrument à vent au son aigre, ressemblant parfois au cri du canard.

  • Utilisées par les marchands de journaux ambulants à Paris. [45] et par les marchands de vieux vêtements et les receveurs de trams à Bruxelles.
  • Mais aussi pour rappeler les chiens de guet dans la ville de Saint-Malo.

Depuis 1150, Saint-Malo entretint une meute de 24 dogues, “Les Chiens du Guet” (du mot « guet« , anciennement utilisé pour désigner une surveillance nocturne). C’était une meute de chiens de garde que l’on lâchait à la nuit tombée sur la grève entourant les remparts de Saint-Malo, afin d’en assurer la protection : dissuader les intrus (puissances étrangères ennemies, pirates et corsaires) d’attaquer la ville ou de piller la cargaison des navires accostés dans le port et dans les chantiers navals.

Des “chiennetiers” étaient affectés à l’entretien et à la conduite de ces féroces animaux. Le soir, à 10 heures, à la fermeture des portes de la Cité, annoncée par la cloche “Noguette” de la cathédrale Saint-Vincent sonnant le couvre-feu, ils étaient lâchés et n’étaient rappelés qu’une heure avant le lever du jour au son d’une trompette de cuivre. Ils étaient alors enfermés dans leur chenil dans une ruelle, “la Venelle aux Chiens”. En 1684, ils furent hébergés dans une niche sous le bastion de la Hollande à proximité de la Porte Saint-Pierre.[46]

● A Bruxelles, à la 1ère moitié XXè siècle, pour effectuer les manœuvres des trams, les receveurs utilisaient une petite trompette ou cornet en cuivre. Leur fonction était de donner le signal du départ par de petites attaques brèves, ressemblant à des cris de canard.
Un conducteur était en fait inférieur au receveur (lequel devait savoir compter et lire). Le receveur était « chef train » et donnait le signal du départ ou de l’arrêt au conducteur.

Donc à l’époque le receveur (debout) surveillait (comme pour le train) l’embarquement et donnait le signal (souvent de la remorque arrière). Par la suite on a mis des sonnettes sur lesquelles le receveur appuyait.
Pourquoi la trompette ? la police avait interdit l’usage du sifflet pour éviter la confusion avec ses propres instructions. En réponse, les Tramways Bruxellois (et les autres comme Chemin de Fer Economiques – les trams bruns) avaient adopté la trompette comme moyen de transmission. Ainsi, deux coups signalent le départ, un coup prolongé, l’arrêt, coups répétés, arrêt d’urgence, trois coups brefs = marche arrière.

Et à chaque arrêt ?

Absolument à chaque arrêt. Le rétroviseur est une invention « récente »; c’est ce qui permettait au conducteur de faire des manoeuvres pour lesquelles il n’avait pas la visibilité, comme le recul par ex. le receveur l’avertissait à l’aide de sa trompette… Les manœuvres au moyen de la trompette ont perduré tant qu’il y a eu un receveur et il y en avait un dans chaque véhicule. [47]

 

 14. FAIRE SONNER LA CLOCHE A MAIN (ou attachée au véhicule)

Cloche fixée au bout d’un manche.

Le crieur parcourt les rues en demandant de prier pour le trépassé. Aux carrefours, il s’arrête en agissant des clochettes en bronze, les tintenelles, souvent très lourdes et qui exigent de lancer le bras en l’air pour les faire sonner. [48]

Cloches attachée au camion des pompiers,

Je me souviens de la cloche annonçant l’arrivée du marchand de soupe, une casserole vide était prête pour la remplir… C’était dans les années 60 à Bruxelles. Le carillon du marchand de glace en camionnette, lui continue …

 

 15. ROULER DU TAMBOUR

► Martèlement sur une peau de bête tendue auquel on peut donner tant de sonorités.

  • La communication par tambours fut utilisée pour transmettre les ordres sur les champs de bataille de toute l’Europe. En France, elle fut utilisée de François Ier (XVIè s.) à la guerre 1914-1918. Dès de XVIe siècle, les batteries, composées de roulements de caisse claire servaient à communiquer certaines instructions aux régiments d’infanterie.  » Le tambour dit « d’ordonnance » avait en effet pour mission essentielle d’assurer la transmission des ordres. Les diverses et nombreuses batteries avaient chacune une désignation propre et un rythme particulier qui les distinguait des autres afin d’éviter toute confusion. Elles étaient exécutées soit de pied ferme, soit en marchant par les tambours accompagnés de hautbois ou de fifres.  » [49]

Autrefois, lors d’une bataille, quand on souhaitait s’entretenir avec ses ennemis, se rendre ou qu’on demandait une trêve pour ramasser ses morts, on émettait un signal avec un tambour « battre la chamade« . ou une trompette « sonner la chamade ». Mais bien souvent, avec le bruit des affrontements, on n’entendait pas les signaux émis si bien que beaucoup d’hommes étaient tués inutilement. C’est suite à cette constatation que l’on décida non seulement d’émettre un son, mais aussi d’y ajouter un signe visuel en agitant un drapeau blanc. [50]

● Mais les pratiques militaires se trouvaient également dans les cités. Comme le remarque Mylène Pardoën, elles font partie du patrimoine sonore des citadins. [51]

Ainsi, sonnait-on la Diane annonçant le réveil:  » Dans les forteresses où le beffroi sonnait le point du jour, les tambours de garde montaient à ce signal sur le haut du parapet et y battaient la diane. Les sergents de garde éveillaient leurs hommes, visitaient le rempart, questionnaient leurs sentinelles et jetaient les yeux sur le dehors ; les postes se mettaient sous les armes ; les portes s’ouvraient, et les voyageurs ou passagers pouvaient librement entrer dans la ville. » [52]

En Europe, c’est au son du tambour, que l’on « faisait annonce » dans les rues et sur les places, au Moyen Âge.

■ Exemple donné dans cet Arrêté pris par les Maire et adjoints concernant les rues et fontainesde la ville de Lezoux datant de 1801:

Du 14 nivôse [de l’an IX (4 janvier 1801)] les Maire et adjoints réunis prenant en considération la propreté des rues de la commune de Lezoux ainsy que des fontaines, objet qui a une si grande influence sur la salubrité de l’air

arrêtent ce qui suit

1er Il est défendu à tous citoyens décarter de la paille sur les pavés devant leur porte pour faire du fumier, et dacumuler des fumiers dans les ruës sous peine d’être punis conformément aux lois

art 2 Il est défendu à tous citoyens de laver des tripes du linge et autres objets dans les bacs des fontaines. Les contrevenants seront punis conformément à la loi

art 3 Le présent arrêté sera rendu public par la voie de l’affiche et publication au son du tambour.[53]

 

16. FAIRE TOURNER LES CRECELLES

► Moulinet, généralement en bois, formé d’une languette flexible qui, en tournant autour d’un axe, frappe les crans d’un cylindre denté, ce qui produit un crépitement, unson de mitraillette sec.

http://www.instrumentsdumonde.fr/instrument/54-Crecelle.html

Au Moyen Age les lépreux porteurs d’une crécelle signalant leur approche. [54]

On retrouve l’utilisation de cet instrument à la Nouvelle-Amsterdam, où dès 1657, on utilise des crécelles et des cliquettes pour avertir des incendies. [55]

Grâce au bruit puissant qu’elle émet, elle était aussi utilisée au Québec par les femmes des agriculteurs pour appeler leur mari au champ, avant la mécanisation de l’agriculture. [56]

Les crécelles ont commencé à être employées à la fin du XVIIè s ou au début XVIIIè quand les veilleurs de nuits et/ou les  » village constables » ont commencé à les utiliser pour « lancer l’alarme ». Ils ont prouvé être une excellente méthode pour appeler à l’aide, sonner l’alarme incendie ou simplement pour attirer l’attention de la foule. Les crécelles traditionnelles étaient construites en bois, habituellement en chêne, où une ou deux lames.

Quand la police métropolitaine fut fondée en 1829, la crécelle était une pièce standard équipant chaque constable. Cet instrument fut employé par les forces de police, les pompiers et les unités militaires dans tout l’empire britannique jusqu’à la première guerre mondiale. En 1883, la police métropolitaine a conduit des tests et a trouvé que le sifflet portait au double de la distance du son de la crécelle. En 1884, le sifflet remplaça la crécelle et dès 1887, toutes les crécelles furent retirées de la police métropolitaine. [57]

Elles furent également utilisées durant la seconde guerre mondiale pour alerter de la présence de gaz empoisonné.

They also used the device during the Second World War, to warn of the presence of poison gas.

 

 17. DONNER UN COUP DE SIFFLET

► son vif et strident, avec effet de trille lorsqu’il est à roulette, le sifflet est un moyen utilisé par la police pour appeler, régler la circulation, avertir; par les arbitres pour donner le signal de départ ou de fin de jeu, pour signaler une faute, un demander un arrêt de jeu momentané ou encore par les chefs de gare pour annoncer le départ des trains.

www.nice-ringtone.com/sonnerie/effet_sonore_-_sifflet_chef_de_gare.html

● Durant des décennies, c’est le coup de sifflet du chef de gare qui donnait le signal de départ du train. Il fallait se démarquer: en effet dans le brouhaha et l’environnement sonore bruyant : autres trains en attente, locomotives ronflantes des autres trains à l’arrêt, sifflement des locomotives, annonces aux haut-parleurs, voix des voyageurs, et même, dans les gares terminus, le bruit Ting ! des ouvriers frappant sur les roues des wagons afin de voir si elles n’étaient pas fêlées, etc… ces coups de sifflets, cette sorte de cri aigu fait de 2 courts et d’un long parvenait à surmonter tout cette cacophonie sonore.

Mais surtout, c’est tout le contraire d’un signal neutre: si pour certains, il devait surprendre, beaucoup l’attendait patiemment, fébrilement, ou empressés connaissant ce son. Un son qu’on connaît prend une apparence et une signification qui rend encore plus vigilent.

Ce son signifiait aussi la ponctualité, par une marque temporelle franche, nette. Les trains qui partent à l’heure est un signal sans retour en arrière. On désigne d’ailleurs les trains par l’heure de départ: « l’express de 16h23 ».

Dans la pratique, le conducteur de la locomotive donnait en premier un grand coup de sifflet annonçant qu’il était prêt, puis le chef de gare refermait dans une succession de claquements secs les portes des wagons encore ouvertes et quand il jugeait que tout était en ordre, il lançait son « TI TI-TIIIIIIIIT » et le train s’ébranlait.

■ Zola dans ses « carnets d’enquête », note les différents éléments sonores inhérents aux gares et d’où le sifflet du chef de gare doit émerger.

Les trompes qui annoncent les trains. Un poste avant le pont de l’Europe. Dès que l’agent a aperçu le train sous le tunnel il a sonné de la trompe. Des coups de trompe de tous les côtés, deux je crois pour les trains montant – comment fait-on pour s’y reconnaître? Les coups de sifflet des locomotives pour les manœuvres. Tout un langage. Elles parlent, demandent, répondent. Elles demandent la voie, elles répondent qu’elles ont compris, après un signal. Elles ont des impatiences, quand on semble les oublier dans une manœuvre. Les cris des employés, les ordres donnés à voix haute, se perdant dans le grand air. Le souffle des locomotives qui arrivent et qui partent. Les bruits spéciaux des plaques tournantes. Le choc des wagons qu’on attelle, le choc des tampons. Le roulement des chariots de bagages. Et encore toutes sortes de bruits épars, dans le grand air, bruits vagues qui montent des rails au milieu du grandement lointain de Paris. Sous le pont de l’Europe, le roulement continu des fiacres, au-dessus.[58](il se réfère à la gare Saint-Lazare vers 1889).

Il utilisera ces notes dans son livre « la Bête humaine » où il décrit par images sonores, l’activité des gares de la fin du XIXè siècle.

 

 18. SIFFLER

► de la bouche, avec ou sans l’aide de ses doigts.

● utilisé appeler quelqu’un, mais aussi pour manifester son admiration (pour une femme par ex.), marquer sa désapprobation (« il s’est fait siffler« ), etc…

  • En modulant le souffle et en donnant des intonations, siffler peut devenir un langage et un réel moyen de communication à tel point qu’il était interdit de siffler

dans Burlington Arcades pour éviter que les voleurs ne correspondent entre eux. Les différents gangs avaient des codes propres à eux. (Il y était également interdit de courir.) [59]

■ Dans une communication à la Société d’anthropologie de Paris (le 16 juillet 1891), M. Lajard en donne d’autres exemples :

Il n’est pas rare d’entendre le soir dans les rues, et vers dix ou onze heures, quelques coups de sifflet diversement modulés devant la porte des boucheries. Ce sont les conducteurs de viande qui appellent les débitants. […] L’appel nocturne qu’il nous arrive d’entendre est d’ordinaire un coup de sifflet traditionnel et spécial à la profession. Tel est celui des ouvriers d’un même corps de métier. Les charpentiers ont le leur, les maçons aussi. Vous passez devant une maison en construction, donnez les modulations du couvreur. Au premier appel, l’ouvrier dépose son outil ; au deuxième, il regarde autour de lui et cherche des yeux ; au troisième, voyant qu’on persiste, il descend. […]

A côté des professions honorables, il en existe une autre, douée d’un riche vocabulaire : c’est celle des voleurs. Le langage sifflé est très apprécié de toutes les catégories de braconniers, de maraudeurs, de libérés, etc. la plaine de Saint-Denis et ses environs, sur un rayon de plusieurs kilomètres, est le lieu ordinaire de ces échanges de signaux. Ceux-ci sont conventionnels. On en trouve plusieurs qui sont choisis de manière à ne pas attirer l’attention. Ils ont alors des variantes qui s’éloignent du sifflet.

Dans les vols de poulaillers, les complices se tiennent au courant de ce qui se passe au voisinage à l’aide du chant du coq. On y distingue la présence du garde champêtre et celle des gendarmes. Le coq chante plus lentement pour le premier ; pour les gendarmes, ses éclats sont précipités. S’il s’arrête brusquement, le danger est tout près.

Les dénicheurs ont leur cri d’alarme particulier, et celui qui leur sert à annoncer aux amis une aubaine.[60]

 

 19. CLAMER A TUE-TETE et autres cris humains

► sont la réclame que les marchands de la capitale clament à tue-tête, en lui donnant une forme rimée et rythmique ; chaque ″cri″ particulier est un quatrain destiné à proposer une marchandise et à en vanter les qualités.

[…]

  • Le rôle des ″cris de Paris″ était immense dans la vie de la place publique et de la rue. Celles-ci bourdonnaient littéralement des appels les plus variés. Chaque marchandise : aliments, boissons ou vêtements, possédait son vocabulaire pro-pre, sa mélodie, son intonation, c’est-à-dire sa figure verbale et musicale. Le recueil de Truquet (1545), Les Cris de Paris tous nouveaux, et sont en nombre, cent et sept, permet d’en juger aisément. Ces cent sept cris n’étaient d’ailleurs pas les seuls qu’on pouvait entendre dans le courant d’une journée, il y en avait en fait beaucoup plus.

Il importe de rappeler que non seulement toute réclame sans exception était verbale et clamée à tue-tête, mais que d’autre part, toutes les annonces, arrêtés, ordonnances, lois, etc… étaient portés à la connaissance du peuple par voie orale. Dans la vie culturelle et quotidienne, le rôle du son, de la parole sonore était bien plus considérable qu’aujourd’hui, à l’époque de la radio. [61]

 

  • Précisions données par Marie-Anne Polo de Beaulieu : « Les cris des marchands ambulants ont du mal à se faire entendre au milieu de la cacophonie d’une rue médiévale. En effet, il est de coutume de beaucoup « crier » dans villes et villages durant tout le Moyen Âge. Le crieur est un personnage qui exerce sa profession, soit de façon permanente, soit de façon intermittente. Cette profession est également strictement réglementée. Il peut être concurrencé par les boutiquiers qui « crient » leurs marchandises pour attirer le client. Les marchands ont interdiction d’appeler un client avant qu’il n’ait quitté la boutique voisine ; ils n’ont, en outre, pas le droit de « dépriser » la marchandise d’un confrère. Ces boutiquiers permanents estiment être en concurrence déloyale avec les marchands ambulants qui promènent leurs cris dans toute la ville pour écouler des marchandises moins contrôlées que les leurs. Les boutiquiers réussissent parfois à limiter ce commerce ambulant dans le temps ou sur le volume de marchandises. À Paris, les marchands de tapis obtiennent que le colportage soit limité au vendredi, au samedi et aux jours de marché. Les « crépiniers » défendent de colporter à la fois plus d’une coiffe et plus d’une taie d’oreiller.

Mais d’autres cris font également concurrence aux « cris publicitaires » : le « sonneur de mort » ou « le crieur de corps », accompagné de cloches « crie les morts », pour annoncer un décès ou les funérailles d’un personnage important ; les sonneurs de tournois, les crieurs de vin, les montreurs d’ours ou de marionnettes, les hérauts proclamant les édits des diverses autorités constituées et les ordonnances royales. En cas de rixe, il est d’usage de « crier la paix » pour annoncer officiellement la réconciliation des partis opposés. La ville de Paris ne compte pas moins de vingt-quatre crieurs titulaires en 1416, appartenant à la corporation des crieurs dirigée par deux maîtres, un pour chaque rive de la Seine. Il faut y ajouter les crieurs publics, dépendant de l’administration royale et rémunérés par elles, et les crieurs privés, gagés par des particuliers. Ces derniers doivent payer une redevance à l’État, pour qui le « criage de Paris » est une source de revenus non négligeable. Un cri commercial est adressé spécifiquement aux marchands pour annoncer le début des ventes (Vendez ! vendez !) après contrôle de la qualité des produits attesté par l’imposition d’un poinçon de la ville sur les cuirs par exemple. Ce cri marque l’ouverture des foires et des marchés.

Dans la ville de Saint Quentin, il était d’usage de crier pour annoncer la vente aux enchères des maisons abandonnées menaçant ruine. » [62]

 Les vendeurs de journaux

■ En 1870, plus d’une centaine de journaux quotidiens, hebdomadaires et mensuels paraissaient à Bruxelles seulement. Les cris sont un moyen de l’annoncer, comme le montre cet article datant de l’époque:

On peut dire qu’il n’y a plus un passant qui n’achète son journal le matin, depuis l’ouvrier intelligent qui va à son atelier jusqu’au rentier qui fait sa promenade.[…]

La plupart des journaux quotidiens ont plusieurs éditions et tous les journaux se vendent dans la rue.[En plus des kiosques], une partie est vendue par les marchands ambulants, il y en a plusieurs catégories. Les uns exploitent surtout la clientèle des cafés et des lieux publics. En été, ils circulent entre les tables placées sur les trottoirs ; en hiver, ils entrent dans les lieux publics et débitent leur marchandise. Il y en a qui ont leur poste fixe à certains endroits, aux deux issues des Galeries St-Hubert, à la porte des théâtres ou des concerts en plein vent, ou bien aux entrées du Parc ou dans les carrefours les plus fréquentés.

Il y en a d’autres qui parcourent les rues désertes des faubourgs et qui crient leur marchandise, comme on crie à Paris les pigeons de volière. Ceux-là ont chacun leur mélopée spéciale, leur petite chanson qui attire le client.

Il y aurait toute une étude à faire sur les cris de ces marchands.

Intte-pendance, edd-tion du soir, ou bien edd-tion B ou C ou D, tout simplement.

Cho d’ Pèrlement qui vient de paraître !

Nique et Journée !

Jèrnal de Bruxelles !

L’Etwelle belge, pèr demain matin !

Et invariablement : grrrand nouvelles !

Autrefois on criait in beau filleton ![63]

Je me souviens des appels (cris) de l’aiguiseur de couteau qui avait une sorte de triporteur : il pédalait pour faire tourner sa meule (tout cela c’était avenue Poplimont), les appels des ferrailleurs et des marchands de loques, les appels ″3 citrons pour 20 francs ! ″ des marchandes, tout en noir et assises devant leur pa nier de fruits, rue de Flandres, plus loin les aveugles vendant leur billets de lotterie ″Tirage vendredi soir ! Tout cela c’était à Bruxelles dans les années 60. (auteur)

 

 20. LANCER UN CRIS D’AVERTISSEMENT

► au temps où les klaxons n’existaient pas, on criait pour prévenir de sa venue.

■ Comme le pratiquaient et le pratiquent encore les gondoliers à Venise. Noté dans ce témoignage du XIXè s: A l’angle des ruelles, au passage des ponts, nous entendons des cris rauques et aigus : c’est le signal que les gondoliers échangent entre eux pour éviter les dangers d’une rencontre.[64]

Ou à Naples, où les appels des conducteurs de chevaux exaspèrent ce voyageur en 1864: Tous ceux qui conduisent un animal quelconque dans la province de Naples, poussent à chaque instant un cri singulier, auquel je ne m’habituerai jamais, tellement il me donne sur les nerfs. C’est comme une sorte de râle en hoquet ou de cri d’angoisse tiré du creux de la poitrine. Il a quelque rapport avec le pénible Han ! du bûcheron, et ce n’est que par Ha ! ou Han ! qu’on peut essayer de l’écrire, bien qu’en réalité il ne soit ni l’un ni l’autre. [65]

 

 21. LANCER UN APPEL

► les crieurs publics, le veilleur de nuit.

● en France au XIXè siècle, le dimanche, les paysans se rendent à l’église. « Les annoncent publiques étaient faites par le crieur du village dès que l’assemblée quittait l’église. » [66]

  • le veilleur de nuit: « En France comme dans toute l’Europe, ils ont une mission de sécurité (lutte contre le vol et les incendies) et une mission spirituelle (inviter à prier pour les défunts). Ils sont même signalés à la Nouvelle-Amsterdam dès 1647. On a souligné que les veilleurs, dans un périmètre de 6 à 700 maisons, peuvent être entendus partout.  » [67]

■ Témoignages de leurs appels, notés dans deux villes espagnoles respective-ment en 1843 et 1896: Nous traversons les rues ténébreuses de Tolosa, Vergara. De toutes les passions frénétiques qui ont ensanglanté ces lieux, rien ne

s’agite, à cette heure, que le veilleur qui, armé d’une lance, va de rue en rue chanter sa complainte traînante.[68]

L’arrivée à Avila, pendant la nuit, est fantastique.[…] aucun mouvement, aucun bruit, sauf, de loin en loin, le triste cri des veilleurs. Dans cette majesté de silence, l’ombre des clochers et des toits sur les dalles illuminées des clartés lunaires est très émouvante. On a beau vouloir se garder de toute exaltation romantique, on est trop dans une atmosphère du Moyen Age pour n’en pas sentir le charme noble et pittoresque.[69]

■ Un crieur public était encore en fonction en 1875, dans la petite ville de Delfzijl aux Pays-Bas, près de Groningue, en témoigne ce voyageur français: [en pleine contemplation du paysage] un bruit de sonnette vint nous tirer de notre rêverie et nous rappeler à la réalité. C’était le crieur public. Il faisait son annonce, escorté par une troupe de gamins qui lui formaient un auditoire ambulant. Nous le suivîmes de loin, machinalement, parcourant de nouveau toute la petite ville.[70]

■ Les crieurs publics sont réapparus dans Berlin en ruine à la fin de la guerre: une femme note dans son journal: mardi 22 mai 1945: vers 14 heures, des cris et appels dans la rue, devant la maison: un crieur public, désigné d’office, comme il y a mille ans! Il s’était planté sous l’érable et psalmodiait un texte inscrit sur une feuille de papier, conviant tous les hommes et les femmes aptes au travail et encore inactifs, âgés de quinze à cinquante-cinq ans, à se rassembler immédiatement devant l’hôtel de ville pour y recevoir du travail.[71]

■ Dans le village de Calasetta, sur la petite île de Sant’Antioco au sud de la Sardaigne, un crieur annonçait encore au début des années 70 les dernières nouvelles, comme l’arrivage du poisson. Ce même personnage sonnait du cor toutes les 20 minutes dans les périodes de brouillard. [72]

■ Actuellement encore, dans les carrières de marbre de Carrare, avant la mise à feu de la dynamite pour faire sauter une paroi, on fait une mise en garde en lançant deux longs cris aux alentours pour prévenir les autres.[73]

 

22. MANIFESTER SA PRESENCE en s’équipant d’objets sonores

► on peut prévenir de son arrivée par le son des grelots des chevaux par ex:

■ En 1844, Dickens traverse avec sa famille la France en route vers l’Italie dans une patache de voyage (in an English travelling-carriage) Vous avez cheminé, assez abruti, comme c’est généralement le cas au cours de la dernière étape du jour, et les quatre-vingt-seize grelots des chevaux (vingt-quatre chacun !) tintent à vos oreilles, dans un demi-sommeil. [74]

■ ou par celui des grelots attachés aux chèvres, décrit par ce voyageur français en date du 14 octobre 1875 dans les rues de Naples:

Nous parcourons la rue de Tolède, passablement étourdis de l’animation, du tumulte qui y règne. Non sans peine nous nous frayons un passage à travers la foule bruyante, les voitures qui circulent sans cesse, et aussi les troupeaux de chèvres qui arrivent des villages voisins et bondissent en faisant sonner leurs grelots. A ce bruit joyeux les ménagères accourent, d’antres se penchent aux balcons et, à l’aide d’un cordon, font parvenir aux mains du chevrier un vase qui leur revient, par la même voie aérienne, rempli jusqu’aux bords d’un lait écumant.[75]

Jean-Pierre Gutton ajoute qu’aussi les pèlerins se déplaçant par troupes et qui, traversant une agglomération, se manifestent par des sons de trompes, de clochettes et de sifflets.[76]

 

 23. KLAXONNER – et autres AVERTISSEURS SONORES

► klaxons, sonneries, trompes, …

● trompes à poires accompagnent les conducteurs de voitures, les klaxons replacent les cris des conducteurs de chevaux et les sonnettes se montent sur les guidons de vélos.

■ Jules Renard ironise les Bruxellois à ce propos lorsqu’il écrit dans son journal le 4 juin 1895:

Bruxelles, c’est une capitale de province. Les bicyclistes y ont encore des trompes.[77]

Les trams bruxellois continuent à donner un coup de sonnette au démarrage à chaque arrêt.

 

 24. LA CLOCHE QUI TINTE A L’ENTREE DES BOUTIQUES

► Petite cloche suspendue accrochée à la porte des boutiques prévenant de l’arrivée d’un client avec un « gling-gling » brusque et gai.

  • Chaque magasin a sa signature sonore d’entrée, la sonnerie de la boulangerie n’est pas celle du cordonnier, de la droguerie ou de celle du boucher. La pratique d’avertir de l’arrivée d’un client par une sonnerie demeure d’actualité. C’est l’exemple parfait de communication « hors vue », hors du champ de la vue directe où le message sonore devient si efficace. Le vendeur est « derrière » et est prévenu qu’un client vient d’entrer, de même, par cette petite sonnerie, le client s’annonce et demande à voir le propriétaire de la boutique.

■ Emile Verhaeren en décrit leur vivacité dans ce poème: Les boutiques

Tatillonnes et frénétiques,

Les sonnettes dansent à l’huis

Des petites boutiques,

Les sonnettes de la Saint-Guy.

 

On n’entend qu’elles

Dans les ruelles,

Les jours de foire et de marché ;

Elles se hèlent et s’interpellent

Depuis l’aube jusqu’au soleil couché.

 

[…] La fièvre étreint tous les comptoirs ;

Mais, du matin jusqu’au soir,

Quoi qu’on débite et qu’on achète,

Les sonnettes mènent la fête

Et dominent le branle-bas

Des coups têtus de leur délire.

 

Et l’une tinte, ainsi qu’un glas,

Et l’autre éclate, ainsi qu’un rire,

Et d’autres font des bonds de sons,

Qui tout au loin se répercutent,

Sitôt que leurs battants se buttent

Au bronze vert de leurs jupons. […] [78]

 

 25. FRAPPER A LA PORTE avec UN HEURTOIR ou marteau de porte.

► Il est composé d’une partie articulée qui peut avoir la forme d’un anneau attaché dans la gueule d’un lion, d’un marteau, d’une main enserrant une boule, etc… que l’on soulève pour frapper sur la porte (ou sur une grosse tête de clou fixée sur la porte) pour annoncer sa venue. La porte elle-même résonne et amplifie grandement le son.

  • Déjà présents à Pompéi et placés durant des siècles sur les portes d’entrée avant l’installation de sonneries, les heurtoirs se rencontrent dans toute l’Europe. Dans la vieille ville de Séville, dans les petites villes de l’Alentejo, la majorité des portes de rues en sont encore équipées.

Même avec cette mécanique simple, les gens sont parvenus à personnaliser leur frappe de manière infinie : cogner fort ou doucement, battre plusieurs fois, rythmer les coups, les espacer, etc… Il existait un code: un coup pour les propriétaires, deux coups brefs pour les domestiques, trois coups, … de même on pouvait rapidement identifier qui frappait à la porte. L’effet est sonore, mais c’est bien la manipulation et la dextérité manuelle qui était en jeu. Enfin, ces anneaux facilitaient le tirage des vantaux lorsqu’on voulait les fermer.

 

26. TOQUER

toc – toc toc toc toc – toc

► frapper doucement du dos de majeur ou du poing

  • ce moyen d’appeler remontant surement loin dans le temps reste pratiqué quotidiennement pour manifester sa présence, mais surtout d’appeler, de dire qu’on est là et demander l’autorisation d’entrer.

Sur une porte, on peut toquer très doucement pour ne pas réveiller la personne endormie jusqu’à l’opposé, taper vigoureusement du poing pour exprimer son mécontentement, en passant par le martellement du bout des doigts pour annoncer joyeusement son arrivée: les expressions sont si variées !

 

 

 

█ Excepté pour les cornes de brune à air comprimé et les canons, tous les moyens utilisés étaient manuels ou à bouche et donc individualisés. On pouvait reconnaître tel crieur, tel carillonneur, tel batteur de tambour, tel souffleur de trompette.

Une même cloche aura un timbre plus sec par une personne brusque ou énervée que par une autre plus détendue, comme un coup de sonnette émise par une personne énervée aura un autre signal que donné par une personne distraite ou posée; un coup de sifflet par x, y, ou z.

On peut exprimer un ordre, une demande, un plaisir dans quelques coups de sifflets, on peut reconnaître quelqu’un à sa manière de toquer, de frapper sur un heurtoir, etc…

L’électrification et les moyens électroniques pour produire les sons les ont rendus anonymes, tous semblables, sans caractère.

« La diversité des langages sonores est restreinte. […] il s’agit souvent d’un langage fortement « normalisé » et « presse-bouton », sans « accent » local, cette expression propre au sonneur de cloches lorsqu’il tirait la corde ou frappait en direct le bord de la cloche. » [79]

 

█ Les exemples choisis sont extérieurs et à fonction publique et quelques-uns intérieurs (sonnerie magasin), dans des lieux publics, en plein air.

Il y a encore bien d’autres sons émis intentionnellement pour prévenir, informer: « frapper les 3 coups » qui annoncent la fin de l’entracte et le début de la pièce au théâtre, donner le départ d’une course olympique par un coup de pistolet, etc…

 

█ Enfin, on n’a choisi que des exemples où le son informait de manière directe. Il existe également de nombreuses situations où les sons émis sans intentions particulières donnent néanmoins des informations importantes ou utiles.

Le chant du coq ne nous est pourtant pas directement destiné, il peut néanmoins devenir une information pertinente. Et pour certains une référence: « Levé au chant du coq« .

Autre exemple rapporté par André Corbin qui, vivant durant la seconde guerre mondiale en Normandie, dit qu’il faisait attention aux sons des avions allant bombarder des villes dans le nord de la France. Nous savions très bien reconnaître un avion américain d’un avion anglais. Les forteresses volantes américaines nous inquiétaient beaucoup car nous savions qu’elles bombardaient à l’aveugle.[80]

 

27AVERTISSEURS SONORES modernes

Le son est utilisé partout et dans des domaines très variés allant des sonneries nous prévenant de la fermeture des portes dans le métro, de l’arrivée au palier d’ascenseur, de la fin de cuisson au micro-onde, à l’ouverture de Windows, aux nombreuses sonneries de téléphone proposées sur le mobiles, à la sirène des bateaux, à l’alarme anti-fumée, les anti-vols, les camions qui reculent, …

La mécanique, l’électromécanique et l’électronique ont pris le relais des moyens utilisés durant des siècles.

Ici il n’y a plus d’échelle, la hiérarchie que l’on a utilisé et qui se basait sur la puissance de rayonnement de chacun des moyens démission n’a plus cours ici: il y a des klaxons ne portant pas très loin et d’autres d’une puissance étonnante, l’amplification modulable est applicable dans bien des avertisseurs.

 

  • Avertir au klaxon que l’on soit en voiture ou à moto, avec une sirène si l’on est en bateau, tous les véhicules en mouvement en sont équipés. Si l’on ne prend que les seuls transports en commun (qui sont notre quotidien), il y a un son différent pour le départ, l’arrêt, l’alarme, le début des annonces d’information, etc… Klaxons, jingle, sonneries, chaque compagnie a les siennes, chaque ville différente, chaque pays son propre arsenal sonore. Il y a là tout un monde sonore que nous pouvons entendre quotidiennement et qui compose aussi la signature acoustique de nos villes à tel point, qu’en les utilisant, qu’on peut réaliser une carte postale sonore de telle ou telle ville.

Les klaxons et les sirènes, ce domaine est tellement vaste qu’on ne peut que renvoyer le lecteur aux différents sites internet traitant de ces instruments.

Je me souviens de la sirène lugubre de la caserne de la place Dailly lorsque les bombardiers passaient au-dessus de Bruxelles pour aller bombarder Berlin, c’était au printemps 44.[81]

Les avertisseurs sonores des transports en commun: citons au passage quelques-uns d’entre-eux:

À Paris, par ex. pour prévenir de la fermeture des portes des trains, métros, RER ou tramways, une tonalité d’une fréquence autour de 500 Hz durant quelques secondes est émise,

Le départ de la ligne de métro, se signale par une longue tonalité de 8OO Hz environ. [82]

Les avertisseurs spéciaux utilisés en France utilisent des sirènes dites « deux-tons » : alternance de deux notes en continu, ainsi pour:

Police, Douanes françaises, Administration pénitentiaire et Gendarmerie : « ré-la…  » d’une demi-seconde chacune

Sapeurs-pompiers : « si-la…  » d’une seconde chacune

SMUR et Samu : « fa-la…  » d’une demi-seconde chacun

Corps diplomatique : » ré-la…  » d’une demi-seconde chacune

Haut fonctionnaire :  » ré-la…  » d’une demi-seconde chacune

Certains bénéficiant de facilités de passage sont équipés d’avertisseurs sonores dits « trois-tons » : alternance des notes « do-mi-do-silence… « [83]

Logos sonores: [84]

Le design sonore existe, des écoles, tel l’IRCAM, forment des gens à cette profession, etc…

 

 

 

Tels que présentés ci-dessus, on pourrait penser que tous ces moyens d’informer par le son peuvent être considérés comme « hi-fi ».

Rappel: pour Murray Schafer, un signal est « hi-fi » s’il se distingue clairement du   milieu sonore ambiant,

et à contrario, il est « lo-fi » s’il n’est plus clairement perçu du fait du niveau sonore ambiant élevé, dense ou touffu.

Or, dans le brouhaha des villes anciennes, comment avertir les gens ? comment se distinguer dans la superposition de tous ces sons, comment se singulariser?

Les cloches des églises étant toutes différentes, on peut les reconnaître au son, reconnaître le son de sa paroisse, par ex.

 

LA CONFUSION ?

Les témoignages dénonçant le chahut, le tapage et l’accumulation des innombrables bruits régnant dans les villes du passé sont nombreux et permettent de nous remettre dans l’ambiance de nos anciennes cités.

Ces descriptions sonores pour 3 villes le montre bien:

Pour Paris des années 1682-1689

Quand aux carrosses de louage, il y en a ici un nombre infini, qui sont délabrés et couverts de boue, et qui ne sont faits que pour tuer les vivants. […] Les cochers sont si brutaux, ils ont la voix si enrouée et si efroïable, et le claquement continuel de leurs fouets augmente le bruit de manière si horrible, qu’il semble que toutes les Furies soient en mouvement pour faire de Paris un enfer.

[…] De plus, le grand nombre de grosses cloches suspendues au haut d’une infinité de tours, ôtent la trafquilité à la première région de l’air avec leurs retentissements lamentables, pour apeller les vivans aux prières, et pour donner le repos aux morts ; ainsi les oreilles payent chèrement les plaisirs innocens, que tous les autres membres du corps peuvent prendre.

[…] Ajoutez les hurlemens et les cris de tous ceux qui vont dans les rues pour vendre des herbes, du laitage, des fruits, des haillons, du sable, des ballais, du poisson, de l’eau et mille autres choses nécessaires à la vie ; et je ne crois pas qu’il y ait aucun sourd-né, si ennemi de lui-même, qui voulût à ce prix recevoir l’ouïe, pour entendre un tintamarre si diabolique. [85]

Pour Naples– 23 mars 1836

Je suis tout abasourdi par le bruit qui règne ici dans les rues, le nombre de voitures, de petites calèches à deux ou trois personnes, de toutes classes, de tous pays, les cris effroyables que font les marchands ambulants et les conducteurs de chevaux, les enfants, les ouvriers, puis tous les fabricants qui travaillent au milieu de la rue ; rien ne se fait en dedans ici, tous les états s’exercent dehors ; les cafés sont comme des espèces de remises dans lesquelles seraient rangées quelques tables, tous ceux qui passent dans la rue peuvent vous voir déjeuner ; les portefaix vous crient gare quand ils vous ont bousculés avec leurs brouettes ; puis au milieu de tout cela une quantité innombrable de marchands d’oranges, de limons, de petits gâteaux, de bonbons, de fritures, des macaronis, des galettes, qui remplissent les rues et envahissent l’espace réservé aux voitures.

[…]

Cependant, quelquefois ici, à voir le remue-ménage des Napolitains, à entendre leurs cris, à voir tous ces étalages sur les places et cette quantité de marchands de cannes, de cure-dents, de chaînes et de je ne sais quelles drogues, on se croirait dans la rue des Petits Champs ou la rue Saint-Honoré, quoiqu’à Paris cependant il ne se vende pas dans les rues une aussi grande quantité de comestibles, pâtisseries, bonbons, limonades, oranges, qu’ici. Il semble vraiment, à voir la rue de Tolède à Naples, que les habitants n’ont autre chose à faire qu’à manger et boire ; on ne peut comprendre comment tant de friandises peuvent s’écouler en si peu de temps dans tous les estomacs ; les fritures sont continuellement bouillantes, les fours chauds, les fabricants de pâtes travaillent même le dimanche, et jusqu’à onze heures du soir on entend des crieurs de mangeaille dans les rues, qui hurlent à faire trembler.[86]

 

Et cette dernière ville:L’enchevêtrement d’innombrables sons créait un grand vacarme barbelé aux arêtes tantôt tranchantes tantôt émoussées, confuse mare d’où saillait une pointe ici ou là et d’où se détachaient comme des éclats, puis se perdaient, ses notes plus claires. A ce seul bruit, sans qu’on en pût définir pourtant la singularité, un voyageur eût reconnu les yeux fermés qu’il se trouvait à Vienne, capitale et résidence de l’Empire. [87]

 

Dans la surenchère de bruits, informer par les sons dans la ville pose problème: trop de sons rendent le message de moins en moins compréhensible, voire fondu dans la masse des sons.

Comment distinguer tous ces sons ?

Dans ce flot de sons d’avertissement et d’informations diverses, on peut néanmoins distinguer le son des différentes cloches, de celui des roulements de tambour; les cris des marchands et des crieurs publics; les chants des lavandières des cris des animaux, les musiciens de rue des vendeurs ambulants.

Et on remarque qu’en plus de distinguer les différents appels (les cris des marchands et les sonneries des cloches par ex.) les gens possèdent également une « bibliothèque sonore » en mémoire comme le montre Louis Sébastien Mercier dans ses observations et commentaires sur la vie à Paris en 1785:

Non, il n’y a point de ville au monde où les crieurs et les crieuses des rues aient une voix plus aigre et plus perçante. Il faut les entendre élancer leur voix par‑dessus les toits; leur gosier sur­monte le bruit et le tapage des carrefours. Il est impossible à l’étranger de pouvoir comprendre la chose; le Parisien lui‑même ne la distingue que par routine. Le porteur d’eau, la crieuse de vieux chapeaux, le marchand de ferraille, de peaux de lapin, la vendeuse de marée, c’est à qui chantera la marchandise sur un mode haut et déchirant. Tous ces cris discordants forment un ensemble, dont on n’a point d’idée lorsqu’on ne l’a point entendu. L’idiome de ces crieurs ambulants est tel, qu’il faut en faire une étude pour bien distinguer ce qu’il signifie.

Les servantes ont l’oreille beaucoup plus exercée que l’Acadé­micien; elles savent distinguer du quatrième étage, et d’un bout de la rue à l’autre, si l’on crie des maquereaux, ou des harengs frais, des laitues ou des betteraves. Comme les finales sont à peu près du même ton, il n’y a que l’usage qui enseigne aux doctes servantes à ne point se tromper, et c’est une inexplicable caco­phonie pour tout autre. [88]

On pourrait craindre que les sons provenant des différents clochers s’entremêlent et se mélangent pour former une cacophonie. Mais, étant donné qu’on peut donner aux cloches un rythme, des cadences, des battements différents, qu’elles-mêmes pouvant être accordées de manière particulière, elles ont chacune un son bien à elles, ce qui permet de les reconnaître et de les identifier.

 Gutton précise que chacune des cloches des églises a un son plus ou moins argentin en fonction de la nature de l’alliage (20 à 22% d’étain, 78 à 80% de cuivre) et une tonalité. On connaît ainsi la note de sa paroisse. A Lyon, l’église Saint-Pierre donne le si, Saint-François le ré, Saint-Georges le mi et la cathédrale Saint-Jean le là. Dans beaucoup d’églises il y a trois cloches et on sait distinguer la grosse cloche, de la moyenne, de la petite. On sait donc bien situer et décoder l’appel d’une cloche et, plus encore, les combinaisons de sons. [89]

Dans les vieilles villes espagnoles, vous vous réveillez au son des cloches. Bien que la ville de Santiago ne soit pas grande, elle compte quarante églises; toutes ont quelque chose à demander ou à annoncer qui se répercute sur les murs de pierre. [90]

 August Strindberg montre les deux: l’ensemble des sons de la vie de Stockholm en 1879 et les sonneries de différents clochers qu’il parvient clairement à distinguer:

Au loin, en bas [du jardin de Mosebacke], au‑dessous de lui, grondait la ville; les grues à vapeur ronflaient dans le port; les barres de fer cliquetaient dans les docks; les sifflets des éclusiers retentissaient; les vapeurs fumaient près du quai; les omnibus de Kungsbacke sautaient avec fracas sur la chaussée bombée; tumulte et rumeurs à la halle aux poissons, voiles et drapeaux flottant sur le fleuve, cris des mouettes, clairons de Skeppsholm, commandements de la place de Södermalm, cla­quement de sabots des ouvriers dans la rue de la Verrerie, tout don­nait une impression de vie et de mouvement[…]

Sept heures sonnaient maintenant à Sainte‑Catherine, et Sainte­-Marie l’accompagnait de son soprano mélancolique; la Grande église et l’église Allemande firent chorus avec leurs basses, et tout l’espace vibra bientôt du son de toutes les sept heures de la ville, mais quand elles se furent tues l’une après l’autre, on entendit encore longtemps tout au loin la dernière chanter son paisible chant du soir. Elle avait une tonalité plus haute, un timbre plus pur et un rythme plus rapide que les autres. [91]

Conséquence de tous ces sons et en particulier, ceux des annonces, ils scandent la journée et deviennent des points de repères au long du jour, comme le témoigne les frères Goncourt qui, durant leur séjour à Naples en 1856, parviennent à établir rien qu’à la succession des cris des vendeurs passant dans les rues de la ville, une « horloge sonore »:
Voilà selon eux l’Orloge (de l’italien orlogio: horloge) de Naples.

A l’aube, le cri des vendeurs d’eau-de-vie.

Les caldallesse (châtaignes bouillies) et les succiole, et le vendeur de pains avec raisins à 6 heures.

Le vacher se trouve à sept heures devant toutes les portes avec sa vache et remplit le verre de la servante, trayant sa vache devant la porte.

Le chevrier qui rassemble ses chèvres dans les rues aux cris de « chia chia ».

La viande, les herbages, les fruits à 8 heures.

Les vendeuses d’oeufs à 9 heures.

La rauque voix du marinier qui de Portici vous apporte le beurre de Sorrente à 10 heures.

A 11, le vendeur de ricotte, fromages de Castellammare.

A midi, à toute geule, les marchants criant le restant de leurs marchandises. [92]

Les yeux fermés on pouvait dire si on était proche du centre ville rien qu’à la montée des bruits et ces sons se superposant

 

 

Peut-on informer d’une situation par l’absence de sons ? de manière négative en quelque sorte ?

Etouffer les bruits était dans certaines situations nécessaire et souhaitable. Des techniques ont été utilisées par le passé dans ce but. Une des plus répandue dans toute l’Europe jusqu’au milieu du XXè siècle, a été de joncher la rue de paille pour amoindrir fortement le bruit de la circulation.

Extrait d’un manuel de médecine du XVIIIè s.: Pour ce qui eft du fommeil & des veilles, il faut autant qu’on peut, garantir la malade de tout bruit; pour l’empêcher on doit étendre fur les planchers quelques tapis, linges ou autre chofe femblable, graiffer les loquets & vérouils des portes, en arrêter les marteaux, détourner le fon des cloches, & fi la chambre de la malade eft à la portée de quelque rue trop paffagere, faire étendre de la paille fur le pavé pour amortir le bruit des charettes & des carroffes. [93]

Témoignages de cette pratique:

Paris – XVIIIè siècle

Le défaut de trottoirs rend presque toutes les rues périlleuses : quand un homme qui a un peu de crédit est malade, on répand du fumier devant sa porte, pour rompre le bruit des carrosses; et c’est alors surtout qu’il faut prendre garde à soi.[94]

Bruxelles – 1869

A Bruxelles, les hôtels de la bonne société se concentrent dans le quartier Léopold et à l’avenue Louise qu’animaient les plus beaux attelages. Parfois, cependant, une épaisse couche de paille recouvrait les pavés de la chaussée pour amortir le bruit des voitures. Cette précaution révélait qu’en face un malade se trouvait dans un état critique. Il y eu beaucoup de paille répandue, lors de l’épidémie de typhus de 1869. […] « Le quartier Léopold était le plus atteint ; toute vie était suspendue et depuis la fin janvier jusqu’à la mi-mars, les rues étaient désertes, ces couches de paille indiquant les maisons atteintes les couvraient. » [95]

Bruxelles fin XIXè s

[Les bourgeois et les rentiers, se plaignaient d’être « réveillés intempestivement par le vacarme infernal de la rue ». Une bonne part de ce vacarme provenait évidemment des chevaux et des carrioles, dont les sabots et les jantes de fer produisaient sur les pavés beaucoup de bruit]. Le vacarme du « roulage » était tellement désagréable que, lorsqu’un haut personnage était gravement malade, la police autorisait ses proches à recouvrir d’une bonne couche de paille (à leurs frais) toute la largeur de la rue, sur une certaine distance aux abords de la maison du malade, afin que le bruit des sabots et des roues soit assourdi et perturbe moins le sommeil du patient. [96]

Bruxelles – 1903

A peine descendue de la voiture de place, elle put se rendre compte de l’état de Fernande. En effet, la chaussée, devant le n° 193 de l’avenue [Louise], était recouverte d’une épaisse couche de paille destinée à amortir le bruit des voitures. Une telle précaution, toujours prise dans les cas de maladie grave, avait déjà renseigné le voisinage sur l’état critique de la nouvelle accouchée. [97]

Chantilly – première guerre mondiale

Ils viennent de tous les horizons. Jour et nuit. 1000 trains déversent des hommes et du matériel. Le soir, nous traversons une ville déserte. [Chantilly] Dans cette ville, il y a un grand hôtel moderne, haut et carré. C’est le G.Q.G. Des automobiles à fanion, des caisses d’emballage, une chaise‑balançoire de bazar. Des jeunes gens très distingués, en tenue impeccable de chauffeur, causent et fument. Un roman jaune sur le trottoir, une cuvette et une bouteille d’eau de Cologne. Derrière l’hôtel, il y a une petite villa enfouie sous les arbres. On n’en voit pas bien la façade. Une tache blanche. La route passe devant la grille, tourne et longe le mur du parc. On marche soudain sur une profonde litière de paille fraîche qui absorbe le bruit traînard des milliers et des milliers de godillots qui viennent. On n’entend que le frôlement des bras balancés en cadence, le cliquetis d’une baïonnette, d’une gourmette ou le heurt mat d’un bidon. Respiration d’un million d’hommes. Pulsation sourde. Involontairement, chacun se redresse et regarde la maison, la petite maison du généralissime. [Joffre] Une lumière filtre entre les volets disjoints, et dans cette lumière passe et repasse une ombre amorphe. C’est LUI. Ayez pitié des insomnies du Grand Chef Responsable qui brandit la table des logarithmes comme une machine à prières. Un grand calcul de probabilités l’assomme surplace. Silence. Il pleut. Au bout du mur, la paille cesse. L’on tombe et repatauge dans la boue. C’est la nuit noire. [98]

Durant l’offensive surprise de Noël 1944 dans les Ardennes belges, les troupes allemandes rejoignirent le front dans la plus grande discrétion.

Les divisions Volksgrenadier […] devaient se déplacer progressivement vers l’avant durant les deux dernières nuits, d’abord jusqu’à une ligne à dix kilomètres du front et ensuite à trois kilomètres. Pour éviter le bruit des chars et étant donné la mobilité de ceux-ci, la limite pour les unités blindées était plus loin vers l’arrière. Au cours des deux dernières nuits, comme les chars et l’artillerie s’approchaient du front, des troupes couvrirent les routes de paille pour amortir le son et des avions volèrent bas au-dessus des positions américaines dans l’espoir de couvrir ou tout au moins de déformer le bruit. [99]

 

 

 

 

 

D’autres utilisations des sons méritent enfin d’être mentionnées tant elles sont parfois étonnantes, reflétant bien la diversité dans l’emploi des sons, l’observation et la compréhension de la spécificité du sens auditif.

 Aussi, il est intéressant de noter quelques utilisations particulières:

Systèmes d’alarme:

Prévenir d’une attaque, d’un danger, d’un intru, le tocsin, le coup de canon étaient utilisés. D’autres moyens, d’un rayonnement plus réduit méritent l’attention: comme

de répandre du GRAVIER SUR LE SOL autour des maisons

Ce matériau qui crisse sous les pieds. Le son émis étant particulièrement clair la nuit, même en marchant sur la pointe des pieds, il devient sonore.

 Plancher craquant, appelé Nightingale flloor. (plancher du rossignol)

Au Palais NINOMARU, Château Nijo (Nijo-jo), Kyoto

Craignant de se faire assassiner, l’empereur avait fait installer un système le prévenant d’une quelconque attaque: lorsqu’une personne marche dans les corridors de ce Palais, le plancher plie et grince en ″chantant″ (en faisant cui-cui). Cet effet est produit du fait que le plancher légèrement surélevé par rapport aux poutres de soutien, s’affaissant sous le poids, pousse et fait pivoter des crochets qui grincent contre les clous qui les maintiennent aux poutres. (panneau explicatif à l’entrée)

Sans oublier les oies du Capitole, qui ont sauvé Rome d’une attaque nocturne des Gaulois.

 

 

Enfin, informer, plus une autre personne, mais soi-même:

UTILISATION DANS LES METIERS

Ecouter le son qu’un matériau fait en le frappant a été et reste un moyen de vérifier l’état d’une matière, de se rassurer sur la qualité d’un matériau, sur sa structure ou encore s’il est fêlé.

Les maçons frappent sur les briques et les font sonner (pour voir si elles sont fendues, donc gélives) avant de les poser,

les potiers, les céramistes, frappent également pour en vérifier la densité ou si l’objet contient des fentes,

on frappe sur les tonneaux pour estimer leur remplissage,

et des ouvriers frappaient sur les roues des wagons afin de voir si elles n’étaient pas fêlées

Les conducteurs de locomotives à vapeur estimaient leur vitesse en suivant le rythme des dou-doum, dou-doum, tel un métronome.

Pour vérifier la tension des câbles, on les frappe et s’ils émettent le même son, c’est que leur tension est identique.

C’est encore en frappant sur des objets semblant identiques, cloches, vases, bols, qu’on peut reconnaître si les matériaux sont de nature différente : bronze, fer, fonte, aluminium, cuivre, …

 

 

Version avril 2014

 

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Vitesse_du_son, consulté le 19 mars 2013.

[2] David Hendy, « Noise A Human History of Sound and Listening », Profile Books, London, 2013, p. 269.

[3]http://en.wikipedia.org/wiki/Time_signal, consulté le 12mai 2013.

[4] http://www.nissalabella.net/canon.htm

[5] marquis de Beauffort,  » Souvenirs d’Italie, par un catholique », cinquième édition, Société des Beaux-Arts, Bruxelles, 1839, p.

[6] In : « les Alpes vues du ciel », Arte, 24 août 2013.

[7] Edme Saint-Hugué: « Musique populaire de la Suisse », 1837, In Revue et gazette musicale de Paris, Volume 5, p. 8, Paris, 1838, (Livre numérique Google)

[8] « voir sans les yeux », Arte, Gand Canaria (juillet 2012.

[9] Jean-Pierre Gutton, « Bruits et sons dans notre histoire », P.U.F., Paris, 2000, p. 116.

[10] Lajard, « le langage sifflé des Canaries », in : Bulletins de la Société d’Anthropologie de Paris, vol.2, n° 2, 1891, pp. 471,472, in : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_03018644_1891_num_2_1_7557, consulté le 22 décembre 2013.

[11] Franz Verhelst, communication personnelle, 30 octobre 2012.

[12] http://www.languefrancaise.net/forum/viewtopic.php?id=9523, coco 47.

[13] http://www.languefrancaise.net/forum/viewtopic.php?id=9523

[14] http://www.languefrancaise.net/forum/viewtopic.php?id=9523

[15] Elias Aschwanden, in : Pierre Mariétan, « Ecrit de musique – la musique du lieu »,

Commission nationale suisse pour l’Unesco, Berne 1997, p. 215 [trad. de l’Allemand].

[16] Jean-Pierre Gutton, « Bruits et sons dans notre histoire », P.U.F., Paris, 2000, pp. 29-30.

[17] //campanologie.free.fr/Guide.html, »le langage des cloches »,

[18] https://fr.wikipedia.org/wiki/Cloche, consulté le 13 juin 2013.

[19] Cees Nooteboom, « Désir d’Espagne – mes détours vers Santiago », Terres d’aventure – Actes Sud, Arles, 1993, p. 431.

[20] Chronologie, p. XIV, La Pléiade.

[21] André Sigal, « La vie quotidienne des pèlerins de Compostelle », in collectif, « Vivre au Moyen Age », éditions Tallendier, Paris,  1998, p. 51.

[22] Eric Sutter, « Code et langage des sonneries de cloches en Occident », in:

http://campanologie.free.fr/pdf/Code_et_langage_des_cloches.pdf, 2006, consulté janvier 2014.

[23] http://fr.wikipedia.org/wiki/Baraque_Michel, consulté le 18 octobre 2013

[24] Alain Corbin, « Les cloches de la terre, paysage sonore et culture sensible dans les campagnes au XIXè siècle », Champs /Flammarion, Paris, 1994, p. 103.

[25] Jean-Pierre Péneau, ″Sens et sensible au premiers temps de Clairvaux″, A la Croisée, Bernin, 2007, pp. 31-32.

[26] Extrait du site //campanologie.free.fr/Guide.html, »le langage des cloches »

[27]Paolo Maneli, ″Promenades sur la place Saint-Marc″, Storti Edizioni, Venezia, 2010, p. 61.

[28] http://en.wikipedia.org/wiki/Time_signal

[29] site officiel de la ville : www.obernai.fr/site/page.php?d_page=593, consulté le 19.9.2007.

[30] Pierre Pierrard, ″la vie quotidienne dans le nord au XIXè siècle″, Hachette, Paris, 1976, pp. 80-82.

[31] Pierre Pierrard, ″la vie quotidienne dans le nord au XIXè siècle″, Hachette, Paris, 1976, pp. 80-82.

[32] Wikipédia

[33] Carlos Alberto Augusto, communication personnelle

[34] A. t’Serstevens, « l’itinéraire portugais », Grasset, Paris, 1940, p. 5.

[35] http://www.windmusik.com/html/windmill.htm, consulté le 10 mai 2013.

[36] Voir le site Internet:http://www.berger-pyrenees.be/affixe.asp, consulté le 16 octobre 2012.

[37]http://www.windmusik.com/html/wolftile.htm

[38] Jean Heyblom, « Les maisons et les rues : une tranche de vie quotidienne », in : revue du Cercle d’Histoire de Bruxelles et  Extensions, 24è année, 4è trim. Déc. 2007, pp. 23 et 24.

[39] Victor Hugo, « Le Rhin – lettres à un ami », Lettre XIX, ed. Nelson, Paris, pp. 248-249.

[40] Emile Zola, « carnets d’enquêtes », Terres Humaines, Plon, Paris, 1986, p. 541.

[41]Jean Heyblom, « Au temps des diligences », Revue du Cercle d’Histoire de Bruxelles, n°107, Bruxelles, mars 2010, p. 6.

[42] http://www.instrumentsdumonde.fr/instrument/49-Cor-de-poste.html

[43] Wikipedia

[44]femme d’ouvrier, in : « Toscane – les carrières de marbre », documentaire réalisé par Alessandro Cassigoli, Allemagne, Arte,  2012, 37ème minute, diffusé sur Arte le 15  mars 2014.

[45] expo mairie du IXè arrondissement été 2010.

[46] papyserge.vox.com/library/post/saint-malo.html consulté le 25 juillet 2010, mais aussi

   Armel de Wismes, ″La vie quotidienne dans les ports bretons aux XVIIè – XVIIIè siècles″, Hachette, Paris, 1973, p. 95.

   site ville de Saint-Malo : http://www.saint-malo-tourisme.com/decouvrir/histoire-et            

patrimoine/les-remparts/le-bastion-de-la hollande,2,1,77.php, consulté le 25 juillet 2010.

[47] Françis Bogaert et Yves-Laurant Hansart, communications personnelles, 21 janvier 2009.

[48]Jean-Pierre Gutton, « Bruits et sons dans notre histoire », P.U.F., Paris, 2000, p. 116.

[49]http://fr.wikipedia.org/wiki/Sonneries_r%C3%A9glementaires_de_l%27Arm%C3%A9e_fra   n%C3%A7aise) consulté le 19 mars 2013.

[50] http://www.linternaute.com/expression/langue-francaise/144/battre-la-chamade/; consulté le 2 octobre 2013.

[51]Mylène Pardoën, « Et la Diane retentit ! », in : « les cinq sens de la ville », Presses Universitaires François Rabelais, Tours,   2013, p. 143.

[52] https://fr.wikipedia.org/wiki/Diane_%28musique%29, consulté le 20 décembre 2013.

[53] Duchasseint, maire. (Source : AD63 ‑ Série D ‑ Administration générale de la

commune de Lezoux (commune 63190 – Puy de Dôme) : 1 MI 561/6 Texte déposé par Michèle Chadelas

Source:http://perso.orange.fr/j.marchanl/anecdotes/quot63.html)

[54] Paul Zumthor, ″La mesure du monde″, Seuil, coll. Poétique, Paris, 1993, p. 157)

[55]Jean-Pierre Gutton, « Bruits et sons dans notre histoire », P.U.F., Paris, 2000, p. 63.

[56] Wikipédia, consultation 3 avril 2010.

[57]http://www.constabulary.com/mystery/rattle.htm[trad. Marc Crunelle]

[58]Emile Zola, « carnets d’enquêtes », Terres Humaines, Plon, Paris, 1986, pp. 541-542.

[59] Beedle (gardien) de Burlington Arcades, communication personnelle, 2013

[60] Lajard, « rudiments de langage sifflé à Paris », in : Bulletins de la Société d’Anthropologie de Paris, IV° Série, tome 2, 1891,  pp. 518-519, in : http://persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0301_8644_1891_num_2_1_7562, consulté le 18 décembre 2013.

[61] Mikhaïl Bakhtine, ″L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Age et sous la Renaissance″, Gallimard,  Pa ris, 1970, pp. 184-185.

Voir également: http://traces.revues.org/index3203.html#atexteintegral

28 les pratiques publicitaires au Moyen Age, Marie-Anne Polo de Beaulieu http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias- 2004-1-page-8.htm

[63]article non signé : ″Les marchands de journaux″, in : ″Illustration européenne″, 1ère année, n°7, 31 décembre 1870, Bruxelles.

[64] l’abbé Rolland, ″Promenades en Italie″, Alfred Mame et fils, éditeurs, Tours, 1876, p. 29.

[65]H. Sébastien Le Hon, « Correspondance d’Italie », in : Revue Trimestrielle, Bruxelles, juil.- oct. 1864, p. 159.

[66] Eugen Weber, « La fin des terroirs – La modernisation de la France rurale 1870-1914 », Fayard/Editions Recherches, Paris,  1983, p. 492.

[67]Jean-Pierre Gutton, « Bruits et sons dans notre histoire », P.U.F., Paris, 2000, p. 64.

[68]Edgar Quinet, « mes vacances en Espagne », in « Oeuvres complètes », Pagnerre, Paris, 1857-58, p. 12.

[69]Georges Lecomte, ″Espagne″, G. Charpentier et Fasquelle, Paris, 1896, p. 44, in:

« Bartolomé et Lucile Bennassar, « Le voyage en Espagne ‑ Anthologie des voyageurs français et francophones du XVIè au XIXè siècle », Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1998, p. 277.

[70]Henry Havard, « la Hollande pittoresque – les frontières menacées », E. Plon et Cie, Paris, 1877, p. 131.

[71] Anonyme, « Une femme à Berlin – journal 20 avril – 22 juin 1945, Gallimard, Folio, Paris, 2006, pp. 312-313.

[72] Virgilio, communication personnelle, mars 2014

[73] in : « Toscane – les carrières de marbre », documentaire réalisé par Alessandro Cassigoli, Allemagne, Arte, 2012, diffusé sur  Arte le 15 mars 2014.

[74]Charles Dickens, « images d’Italie », Editions A. Barthélemy, 84132 Le Pontet, 1990, pp. 21-22. [trad. Henriette Bordenave].

[75]Gabrielle d’Éthampes, « Rome et Italie: souvenirs de voyage », Bourguet-Calas, Paris, 1876, p. 281.

[76]Jean-Pierre Gutton, « Bruits et sons dans notre histoire », P.U.F., Paris, 2000, p. 23.

[77]Jules Renard, « Journal 1887-1910 », Actes Sud, coll. Babel, Arles, 1995, p. 67.

[78] Emile Verhaeren, Extraits du poème ″les boutiques″, in: ″Toute la Flandre vol. II, les Villes à pignons″, (1910), Mercure de  France, Paris, neuvième édition, 1920, pp. 139-141.

[79] http://campanologie.free.fr/pdf/Code_et_langage_des_cloches.pdf

[80] André Corbin, « Historien du sensible – Entretiens avec Gilles Heuré », Editions La Découverte, Paris, 2000, p. 11.

[81] Michel Husson, communication personnelle, janvier 2013.

[82] http://fr.wikipedia.org/wiki/Klaxon, consulté le 15 mai n2013.

[83] http://fr.wikipedia.org/wiki/Avertisseur_sp%C3%A9cial_de_v%C3%A9hicule, consulté le 15 mai n2013.

[84]http://fr.wikipedia.org/wiki/Logo_sonore

[85]J.P. Manara, ″Lettre d’un Sicilien à un de ses amis″, A. Quantin, imprimeur-éditeur, Paris, 1883, pp. 11-13; consultable en lignehttp://www.archive.org/details/lettredunsicili00maragoog

[86]E. Viollet le Duc, « Lettres d’Italie 1836-1837 adressées à sa famille », Léonce Laget, Paris, 1971p. 15-16.

[87] Robert Musil, « L’homme sans qualité », Seuil, Paris, 1979, pp. 9-10. [trad. Ph. Jaccottet].

[88] Louis Sébastien Mercier, “Tableau de Paris” (1785), Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1990, p. 182.

[89]Jean-Pierre Gutton, « Bruits et sons dans notre histoire », P.U.F., Paris, 2000, pp. 29-30.

[90] Cees Nooteboom, « Désir d’Espagne – mes détours vers Santiago », Terres d’aventure – Actes Sud, Arles, 1993, p. 424.

[91]August Strindberg, « Le cabinet rouge », Editions Climats, Bibliothèque des ombres, Castelnau-le-Lez, 2004, pp. 8-9. [ trad.   Etienne Avenard].

[92]Edmond et Jules de Goncourt, « Les chemins de l’Italie », Desjonquières, Paris, 1996, p. 302.

[93] William Smellie, ″Traité de la théorie et pratique des acouchemens″, Tome premier, chez P. Fr. Didot, le jeune, Paris, 1771, p. 419.

[94] Louis Sébastien Mercier, “Tableau de Paris” (1785), Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1990, p. 46.

[95] Georges-Henri Dumont, ″la vie quotidienne en Belgique sous le règne de Léopold II (1865-1909)″, Le Cri édition, Bruxelles, 1996, pp. 59-60 ; citant les souvenirs inédits de la baronne Snoy, Archives privées de l’Association Snoy, château de Bois- Seigneur-Isaac.

[96] Jean d’Osta, « Notre Bruxelles oublié », Rossel, Bruxelles-Paris, 1977, p. 57.

[97] Marguerite Yourcenar, « Souvenirs pieux », Folio n°1165, Paris, 1980, p. 45.

[98] Blaise Cendrars, « J’ai tué », Georges Crès & Cie, Paris, 1918, pp. 5‑7.

[99]Charles B. Mac Donald, ″Noël 44 – La bataille d’Ardenne″, Luc Pire, Bruxelles, 2004, p. 50.

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